« Les Jours heureux » est le nom donné
au programme du Conseil National de la Résistance adopté à l'unanimité le 15 mars 1944, il y a 73 ans, par seize hommes appartenant aux huit grands
mouvements de résistance, aux deux grands
syndicats d’avant-guerre, la CGT et la CFTC et aux six principaux
partis politiques de la 3ème République.
Ce programme qui préparait la
renaissance de la France
après
cinq années de trahison,
cinq années de fascisme vichyssois soutenu par le nazisme
hitlérien,
cinq années de chasse à l'homme,
cinq années d'esclavage, de pillage et de meurtres
ce programme est encore au cœur du système social
français.
72
ans après la fin de la 2ème guerre mondiale,
l’histoire
de cette Résistance en France et l’existence du Conseil National de la
Résistance suscitent toujours des débats et des controverses
et
il est nécessaire de préciser ce qui s’est réellement passé.
Je
ne suis pas historien, je ne suis pas un témoin conscient de cette
période, j’avais 8 ans lors de la création du CNR et mon éclairage de cette période est celui d’un
militant, fils de Résistant, ayant eu des proches Déportés,
impliqué depuis plus de 20 ans dans l’action pour perpétuer la mémoire de cette épisode de
l’histoire de France et éviter que cela ne se reproduise.
·
Je vais d’abord tenter de resituer ce qui précéda
cette époque
·
Puis j’aborderai la naissance du CNR et
l’élaboration de son programme
·
Je rappellerai les appels des vétérans de la
Résistance
le 14 mars 2004
à Paris puis le 14 mai 2011
au plateau de Glières.
·
Et je conclurai sur les nécessités d’action pour préserver
les acquis du CNR aujourd’hui.
Resituons très rapidement l’époque précédant la 2ème
guerre mondiale
L'humiliante défaite allemande de 1918, l'hyper-inflation de 1923 et la
grande crise économique de 1930 qui ont concouru à la prise du pouvoir par
les nazis.
Mais celle-ci n'était pas inéluctable.
De 1919 à 1933, nombre de responsables
politiques, judiciaires ou militaires auraient pu stopper la carrière du futur dictateur mais pis encore, beaucoup l'ont favorisée
pensant qu'ils pourraient en tirer profit.
Le parti National socialiste d’Hitler ne
récoltait que 2,6% des voix aux élections législatives de 1928, mais, après la crise économique de 1929 et
la montée du chômage, le mouvement d’Hitler en rafle huit fois
plus en 1930 avec 18 %.
Et deux ans plus tard, après une campagne
électorale extrêmement brutale,
il devient le premier parti du Parlement
avec 37 % des suffrages et est appeler à gouverner en 1933.
rappelons qu'en 1936, les patrons français
clamaient à qui voulait les entendre :
"plutôt Hitler que le Front Populaire".
et nous savons ce qu’il arriva
la Grande-Bretagne puis la France déclarent la
guerre à l'Allemagne.
Et cette ‘’drôle de guerre’’ de 8 mois, sans
combats, se termine le 17 juin 1940
quand le maréchal Pétain annonça la
capitulation de la France
Le jour même,
quelques Français se disent
"révulsés" comme Germaine Tillion,
cofondatrice quelques
semaines plus tard du premier réseau de résistance, le réseau du Musée de
l’Homme.
Le démocrate-chrétien
Edmond Michelet à Brive
et le communiste Charles
Tillon à Bordeaux font de même.
Le soir même, Daniel
Cordier, jeune de 17 ans maurrassien (à l’époque) et futur secrétaire de Jean
Moulin, rédige à Pau un tract
"contre le traître Pétain".
Le lendemain le Général
De Gaulle lance son appel de Londres.
La Résistance à
l’occupant nazi est née.
Les
Résistants étaient des hommes et des femmes de tous âges mais souvent jeunes,
très jeunes, issus
·
de
toutes les couches sociales
·
de
toutes les sensibilités politiques de gauche comme de droite,
·
de
toutes les sensibilités philosophiques et religieuses.
·
de
toutes origines, des étrangers ont combattu aux côtés des Résistants
français : antifascistes italiens, antinazis allemands et républicains
espagnols réfugiés en France,
immigrés polonais, tchécoslovaques, arméniens,
juifs apatrides.
Ces
Résistants constituaient une toute petite minorité courageuse,
petite
minorité qui a suscité à la fin de l’occupation un mouvement social beaucoup
plus vaste,
entraînant
l’adhésion de l’immense majorité des français.
Les motivations des Résistants étaient diverses :
·
refus de la défaite et de l’occupation allemande pour certains,
·
refus du régime de Vichy et de la collaboration,
·
refus de la répression et des mesures antisémites,
·
volonté de combattre pour libérer la France et changer
profondément la société.
La Résistance
a revêtu des formes multiples qui allaient
de l’écoute de Radio Londres
jusqu’à l’action directe ( les attentats ou le sabotage)
la lutte armée dans les maquis en passant par les manifestations
patriotiques,
le renseignement,
la diffusion de la presse clandestine,
la participation à des réseaux d’évasion notamment des Juifs,
le refus du travail obligatoire (STO) mis en place à partir de la fin
1942
Les Résistants
étaient isolés et ne pouvaient guère compter sur la population accablée par la
défaite, soucieuse d’assurer d’abord sa survie et terrorisée par les menaces de
représailles.
Ils ne pouvaient pas
compter non plus sur l’aide des alliés qui a tardé à venir et est restée
limitée.
Ils ont dû surmonter
leurs propres divisions :
· Cohabitation conflictuelle entre communistes,
non communistes et anti communistes,
· Cohabitation équivoque entre les partisans du
Général De gaulle et les anti-gaullistes.
· Désaccord sur le plan stratégique entre ceux
qui préconisent le sabotage et la lutte armée immédiate et
ceux qui privilégiaient le renseignement, la propagande, l’aide aux pilotes
alliés abattus et
aux prisonniers évadés, cela dans l’attente des troupes alliées.
· Opposition enfin, entre ceux qui entendaient
combattre pour des changements profonds et
ceux qui souhaitaient simplement un retour à la situation d’avant-guerre.
L’unité n’était pas
acquise, ce fût laborieux
Quelques dates
marquantes ont favorisé le développement de la Résistance:
· En juin 1941, l’attaque allemande contre
l’Union Soviétique a renforcé la détermination des Résistants communistes
qui constituaient, depuis 1940, la cible privilégiée de la répression vichyste
et nazie.
· En septembre 1942, l’établissement du service
du travail obligatoire (le STO) a poussé les réfractaires à rejoindre les
maquis.
· En novembre 1942, l’invasion de la Zone Sud
par la Wehrmacht a discrédité le régime de Vichy incapable de s’y opposer
et a uniformiser les raisons de la Résistance dans les deux zones.
· En février 1943, la capitulation de l’Armée
allemande à Stalingrad a fait s’éffondrer le mythe de l’invincibilité de la
Wehrmacht et de la victoire définitive du Reich hitlérien auquel le régime de
Vichy avait adhéré.
La France libre avait besoin de se faire
reconnaître par la Résistance intérieure
et la Résistance
intérieure avait besoin de l’aide de la France libre.
Il fallait rechercher un compromis efficace faisant fi des divergences entre les uns et les autres.
En janvier 1942, De
Gaulle envoye Jean Moulin en France avec pour mission
d’unifier la Résistance intérieure.
Au printemps 1943,
les mouvements de la Zone Sud fusionnent dans les
Mouvements Unis de Résistance ( les MUR) et ceux de la Zone
Nord commencent à coordonner leur action.
Le Conseil National
de la Résistance est créé le 27 mai 1943, présidé par Jean
Moulin puis après son arrestation en juin 1943 par Georges Bidaut.
Le Programme du Conseil national de la
Résistance intitulé « Les
Jours Heureux »
fût adopté
à l'unanimité le 15 mars 1944
Ce
programme fixait les conditions de la lutte immédiate pour la libération du
territoire français
et
les mesures à appliquer après la libération pour rétablir la légalité
républicaine
et
promouvoir de profondes réformes sur le plan économique et social.
La majorité des propositions fut effectivement appliquée
entre la Libération de 1944 et le début de 1946.
Par rapport à d'autres programmes de gouvernement, une des spécificités du programme du CNR est d'avoir été adoptée par tout l'éventail politique représenté au sein de la
Résistance française.
Ce
texte audacieux est à l’origine, entre autres,
de nombreuses conquêtes sociales
·
la
sécurité sociale, les retraites généralisées et décentes,
·
le
droit à la santé, à l’éducation et à la culture pour tous, il visait à assurer
à tous les citoyens des moyens d'existence lorsqu’ils étaient incapables de se les
procurer par le travail, la sécurité de l'emploi, la réglementation des
conditions d'embauche etc… etc….
Il est d’une troublante actualité car toutes ces conquêtes
sont aujourd’hui remises en cause, démantelées, oubliées.
Déjà
le 4 octobre 2007, Denis Kessler, ancien n°2 du Medef disait :
« il s’agit de sortir
de 1945 et de défaire méthodiquement le programme national de la
Résistance ! »
Puis en 2012 l’historien
Jean Tulard déclarait que le Programme du Conseil
National de la Résistance, "datant de 1945, est obsolète aujourd'hui à cause de la
mondialisation".
Comme si les démocrates du 21ème siècle ne savaient pas
actualiser l’esprit, les valeurs et le contenu de ce programme avant tout
humaniste.
Mais en s’attaquant aux conditions de travail, à la santé, à
l’école, aux retraites, à l’éducation, à la culture…en clair aux grands acquis du CNR, en développant l’exclusion, le
racisme, en expulsant à tour de bras, en laissant monter la haine de l’autre, c’est aux valeurs républicaines de la Nation que l’on s’attaque.
Autant de raisons de défendre le riche héritage du Conseil
National de la Résistance qui mérite de ne pas tomber dans l’oubli.
Il est nécessaire et indispensable de le faire connaître au plus
grand nombre comme il est nécessaire et indispensable de rappeler également le contenu de la « Déclaration universelle des Droits de
l’Homme » dont l’esprit et l’application sont remis en cause quotidiennement.
Il est nécessaire et indispensable que tous les citoyens se
retrouvent, se rassemblent sur les bases de ces deux textes fondamentaux.
Il est nécessaire et indispensable que l’ensemble des forces vives
de la nation
‘’s’insurge
pacifiquement’’ comme le préconisait Stéphane Hessel dans ‘’Indignez-vous’’
·
le
8 mars 2004, 13 vétérans de la Résistance lance un
‘’Appel aux jeunes générations’’
·
le 14 mai 2011, au Plateau de Glières, c’est
15 anciens résistants qui dénoncent
« la remise en cause du socle des conquêtes sociales
de la Libération.
Cette tendance régressive, écrivaient-ils, s’accélère dramatiquement, nombre de citoyennes et citoyens s’en indignent, partout la prise de conscience que les valeurs, toujours
actuelles, incarnées en 1944 dans le programme
du Conseil National de la Résistance ouvrent l’espoir qu’un mieux-vivre
ensemble est possible.
Il est aujourd’hui concevable de définir un nouveau
"programme de la Résistance" pour notre siècle.
Au lieu de cela, le débat public semble privilégier les
manœuvres politiciennes au service d’intérêts particuliers sans traiter :
- des
causes politiques des injustices sociales,
- des
raisons des dérégulations internationales,
- des
origines des déséquilibres écologiques croissants. »
Comme en 2004, notre association ‘’Résister Aujourd’hui’’ souhaite que les citoyens, les partis, les syndicats, les associations participent à l’élaboration d’un Projet
de Société du 21ème siècle
projet initié par les «Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui » auquel nous
participons depuis le début nous inspirant du programme du CNR « Les jours
heureux » persuadés que ce programme politique constitue toujours
un repère essentiel de l’identité républicaine française.
Nous avons appeler tous les partis
politiques, toutes les candidates et candidats à la présidentielle et aux
législatives à prendre les 3 engagements que nous
suggéraient nos vétérans de la Résistance :
Premièrement,
afin de garantir l’égalité :
Lancer
immédiatement le travail législatif et réglementaire qui permettra de reconstituer
les services publics et institutions créés à la Libération pour aller vers
une véritable démocratie économique et sociale.
Possible
en 1944, cette démarche l’est d’autant plus aujourd’hui alors que le pays n’a cessé de
s’enrichir depuis. Droit à la santé pour tous, droit à une retraite, droit à
l’éducation, droit au travail, droit à la culture demeurent les seuls
véritables garants de l’égalité républicaine. Une égalité qui n’a de sens que
dans le respect du droit des étrangers.
Deuxièmement,
afin de garantir la liberté :
-
Approfondir la forme républicaine du gouvernement afin de séparer clairement
les pouvoirs et renforcer la démocratie
parlementaire au détriment de notre régime présidentiel personnalisé.
-
Développer de nouvelles pratiques de la démocratie dans laquelle l’action de la
société civile sera reconnue et restaurer les conditions du principe à
l’article 2 de la constitution actuelle :
« gouvernement du peuple, par le
peuple et pour le peuple »
-
garantir la qualité du débat démocratique et la fiabilité des contre-pouvoirs, en
assurant à nouveau la séparation des médias et des puissances d’argent comme en
1944.
Ces 3
axes de débats devront aboutir à une démarche souveraine d’
« Assemblée constituante » vers
de nouvelles pratiques républicaines.
Troisièmement,
afin de garantir la fraternité :
Travailler
les coopérations avec les peuples et les pays, en
refusant l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace
la paix et la démocratie.
Favoriser
résolument des solutions soutenables pour les équilibres écologiques, dans
les limites de développement compatibles avec la survie humaine.
Ecarter
de la marchandisation totale les besoins vitaux de l’être humain comme l’eau,
la nourriture et l’énergie.
Il est
temps de bien vivre ensemble, dans la haute-nécessité de l’épanouissement du
plus grand nombre et d’offrir une perspective d’avenir prometteur aux jeunes
générations.
A ceux
et celles qui font ce siècle qui commence, les anciens Résistants déclaraient :
« Créer
c’est résister. Résister c’est créer ».
Notre
association demandait récemment, dans une lettre ouverte aux candidats, que
soient prises en urgence des mesures fortes privilégiant justement l’égalité,
la fraternité, la justice sociale et le bien vivre et agir ensemble, par delà
les opinions et les origines.
Fidèles à l’esprit et aux valeurs du Conseil National de la Résistance,
nous leur
demandions de s‘engager sur de telles mesures, notamment :
• Pour l’application stricte de la loi quand des appels à la haine,
à
l’exclusion et à la division sont
lancés, en particulier par des élus de la République
• Pour un brassage des individus, des cultures et des mentalités,
en
particulier au niveau de l’Ecole,
du Travail, de l’Habitat,
ainsi que
par un service civique ou militaire
obligatoire pour tous les jeunes, filles et garçons.
• Contre le terrorisme en privilégiant une politique de Paix et de Sécurité.
• Contre le caractère mensonger et dangereux des idées prônées par l’extrême
droite.
Face à la montée de l’extrême droite et des radicalisations qui se nourrissent
les uns des autres, face aux peurs et aux violences, face à la crise morale qui
laisse prospérer les racismes, face au terreau des injustices et des
frustrations sociales, nous demandons que le nouveau président fasse du projet
démocratique et de l'idéal humaniste un horizon de progrès social et de paix
pour l'Humanité.
C’est pour cela que nos ainés se sont battus dans les maquis
et la France libre. C’est de cela que la France est fière aujourd'hui encore,
et non de ceux qui ont combattu la Résistance et dont les héritiers relèvent la
tête dans toute l’Europe. (nous n’avons reçu que quelques réponses)
le
programme du CNR prévoyait :
¤ l’établissement de la démocratie la plus large
en rendant la parole au peuple français par
le rétablissement du suffrage universel.
· ¤ la pleine liberté de pensée, de conscience et
d’expression
· ¤ la liberté de la presse, son honneur et son
indépendance à l’égard de l’Etat, des
puissances d’argent et des influences étrangères
· ¤ la liberté d’association, de réunion et de
manifestation
· ¤ l’inviolabilité du domicile et le secret de la
correspondance
· ¤ le respect de la personne humaine
· ¤ l’égalité absolue de tous les citoyens devant
la loi
Au fait que reste-t-il à détricoter des « JOURS HEUREUX » :
Regardons
point par point, ce qu’il reste des éléments économiques, sociaux et culturels
du programme du Conseil National de la Résistance
a)
sur le plan économique, il était prévu
¤ l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale,
impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la
direction de l’économie .
Détricoté
! De
nouvelles féodalités ont remplacé les anciennes et le Club du Fouquet’s a pris
la place du Comité des Forges, on a privatisé un nombre croissant de services
publics, l’eau, l’énergie ou la gestion d’infrastructures comme les autoroutes
à péage et le réseau ferré)
¤ Une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des
intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature
instaurée à l’image des Etats fascistes .
Détricoté! Le Commissariat Général au Plan n’existe
plus depuis qu’il a été supprimé en 2006. On a laissé la porte ouverte aux néo-libéraux qui ont pu ré-instaurer
leur modèle :
la dictature du marché qui est aussi détestable que toutes les dictatures.
¤ l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan
arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de
cette production.
Détricoté
! depuis 1983, il n’y a plus de
politique industrielle de la France
¤ le retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, fruit
du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des
compagnies d’assurances et des grandes banques .
Pas
totalement détricoté ! mais on n’est pas loin.
¤ le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats
et de ventes, agricoles et artisanales .
Pas
détricoté !
sur ce point le CNR a largement failli, le mouvement coopératif et de manière
générale l’Economie Sociale et Solidaire n’a pas connu de grandes envolées sauf
peut-être les mutuelles et là, on détricote à grande vitesse, notamment pour tout ce qui
est mutuelle de santé.
¤ le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de
direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications
nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.
Pas
détricoté !
car à part les Comités d’Entreprises et quelques places dans les C.A.
d’entreprises nationalisées et dénationalisées, on n’est pas allé bien loin.
b) Sur
le plan social : là je
vous laisse témoins de ce qui a été détricoté ou non
¤ le droit au
travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration
du régime contractuel du travail
¤ un rajustement
important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement
qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la
possibilité d’une vie pleinement humaine ;
¤ la
garantie du pouvoir d’achat national pour une politique tendant à une stabilité
de la monnaie ;
¤ la
reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme
indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique
et sociale ;
¤ un plan complet de sécurité sociale, visant à
assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils
sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux
représentants des intéressés et de l’État ;
¤ la sécurité de l’emploi, la réglementation des
conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués
d’atelier ;
¤ l’élévation et la sécurité du niveau de vie
des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs,
¤ une retraite permettant aux vieux travailleurs
de finir dignement leurs jours.on vient encore de geler
c) sur
le plan culturel
¤ la possibilité effective pour tous les enfants français
de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée,
quelle que soit la situation de fortune de leurs parents.
Dans ce domaine,
c’est vraiment le vide, on en est témoins chaque jour.
Et le programme se termine par :
L’union des
représentants de la Résistance pour l’action dans le présent et dans l’avenir,
dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage
de confiance et un stimulant.
Elle doit les inciter
à éliminer tout esprit de particularisme et tout ferment de
division qui pourrait freiner leur action et ne servir que l’ennemi.“
voila ce que déclarait le CNR le
15 mars 1944
Jusqu'à la
Libération, le programme du CNR n'a connu qu'un impact relativement faible.
Après son adoption à
Paris, le programme fut rapidement connu à Alger, mais en dépit d'un
vote unanime des délégués de l'assemblée consultative d'Alger,
le programme du CNR
n'a pas reçu l'approbation officielle du Comité Français de Liberation Nationale
Au moment de la Libération de Paris, le CNR avait prévu de remettre solennellement le programme au général de
Gaulle et de l'inviter à proclamer la République, personne ne remit le
Programme à De Gaulle qui ne proclama pas la République puisqu'il défendait
l'idée qu'elle n'avait jamais cessé d'exister.
Le 7 octobre 1944, le
CNR organise un vaste rassemblement au Vel d'Hiv et fait acclamer par
une foule immense les grandes lignes de son programme.
Pourtant,
le gouvernement
provisoire n'a jamais reconnu le
programme du CNR.
De Gaulle lui-même se garde
bien de se référer au CNR lorsque le 12 septembre 1944, au palais de Chaillot, il
annonce les « principes » qui vont guider son action, il avait déjà changé de discours depuis 1943
Malgré tout, entre août
1944 et octobre 1945, le gouvernement provisoire, sous la pression populaire,
est amené à prendre une série d'ordonnances allant dans le sens des mesures
préconisées par ce programme
. organisation de la presse, interdiction des concentrations;
·
institution des Houillères du Nord-Pas-de-Calais ;
·
contrôle de l'État sur la marine marchande ;
·
relèvement des cotisations de la sécurité sociale ;
·
nationalisation de Renault avec confiscation des biens de Louis Renault ;
·
institution des comités d'entreprise ;
·
transfert à l'État des actions des compagnies Air France et Air Bleu ;
·
ordonnance de base de la Sécurité sociale ;
·
statut du fermage et du métayage.
Des élections générales du 21 octobre
1945, les trois partis qui mettent en avant l'application du programme du CNR :
le PCF, le SFIO et le MRP sortent vainqueurs avec 75 % des suffrages.
De Gaulle, élu président d'un
gouvernement tripartite, à l'unanimité, le 21 novembre 1945, se déclare d'abord
assez réservé vis-à-vis du programme du CNR, mais accomplit finalement,
conformément à des promesses
que René Pleven, ministre des finances, avait faites à l'Assemblée
consultative en juillet 1945, un programme de
nationalisations :
Du 2 décembre 1945 au 19 octobre 1946
· nationalisation
de la Banque de France et de 4 grandes banques de dépôt.
·
rétablissement
de la loi des quarante heures ;
·
vote de
la loi sur la nationalisation de l'électricité et du gaz ;
·
nationalisation
des grandes compagnies d'assurances ;
·
extension
du nombre et des attributions des comités d'entreprises ;
·
généralisation
de la Sécurité sociale incluant la Retraite des vieux.
·
loi sur le statut de la fonction publique.
Après avoir revêtu une valeur emblématique
dans laquelle se reconnaissaient les acteurs de la Libération au cours de la
période 1944-1947, le programme du CNR disparaît de la scène publique pendant
près d'un demi-siècle, l'éclatement de l'union née de la Résistance est consommé.
L‘action de la
Résistance a été déterminante.
Nous devons rester fidèles à ce qu’ils ont
fait en recréant les conditions d’une union, d’un consensus.
Après Charly Hebdo, ‘’le 11 janvier 2015’’
nous a montré que nous pouvons décupler
nos efforts pour vivre ensemble, forts de nos différences et que c’était
possible.
Tous les
problèmes de la planète, que ce soit le changement climatique, la répartition
des richesses, les
Droits Humains Fondamentaux dépendent, aujourd’hui, de la dictature des marchés
financiers.
Les
entreprises n’ont pas besoin de la bourse pour fonctionner.
La seule
vraie valeur est le travail et les échanges entre producteurs et consommateurs.
La
société est en pleine déliquescence sociale.
Les
services publics sont affaiblis par la logique comptable.
Les
entreprises ne sont plus là pour faire travailler leurs employés et produire ce
que la société a besoin mais pour
enrichir les actionnaires et les banques.
Les
paysans eux sont remplacés par des molécules toxiques…
Le système
est en cause
pas les
hommes.
Ces mesures mises en place par le C.N.R. dans un
pays dévasté par la guerre qui ont dynamisé le pays, conduit aux 30 glorieuses,
non seulement ne sont pas dépassées mais elles doivent être adaptées et amplifiées pour redonner au pays son dynamisme, son
rayonnement dans le monde.
·
C’est sous la pression de la Résistance que le programme du C.NR.
fût adopté le 15 mars 1943 et que
De Gaulle déclarait le 3 novembre :
« La France est résolue
à de profondes transformations, elle veut faire en sorte que demain, la
souveraineté nationale puisse s’exercer entièrement sans les pressions
corruptrices d’aucune coalition d’intérêt privé. »
·
C’est sous la pression du Peuple que les mesures préconisées par
le CNR furent appliquées entre 1945 et 1947.
Avec toutes
celles et tous ceux qui veulent lutter contre la bêtise humaine
pour une
humanité fraternelle, pour une société plus juste et solidaire
écrivons
l’avenir et exigeons avec détermination des femmes et des hommes prétendant
nous gouverner
qu’ils
infléchissent fortement l’évolution de la société,
Je
terminerai par une citation de
Hannah
Arendt, je la cite :
"Nous
résistons au mal en refusant de nous laisser entrainer par
la surface des choses, en
nous arrêtant et en réfléchissant, en dépassant l’horizon du quotidien."
"L’esprit de désobéissance naît de votre
jugement moral d’adulte qui
vous dit que quelque chose ne tourne pas rond dans la société et
vous incite à résister.
La
désobéissance morale est la clé du progrès."
De quoi réfléchir en cette période trouble que nous
traversons.
Michel Vial Joyeuse Ardèche le 15 mars 2017