26 avril 2026

« Se souvenir, c’est résister. Résister, c’est transmettre. »

 Allocution de Catherine Piat, Lambesc le 26 avril 2026

J’aimerais aujourd’hui m’adresser plus précisément aux jeunes présents, à vos enfants et petits-enfants, peut-être absents, mais ce discours vaut pour tout le monde en fait !

Aujourd’hui, nous sommes réunis pour une journée très importante :     la Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation.

 Peut-être que certains d’entre vous se demandent : « Pourquoi parler de ça aujourd’hui ? Pourquoi se souvenir de choses si tristes ? »

Mais parce qu’il faut honorer la mémoire des femmes, des hommes, des enfants arrachés à leur vie, jetés dans l’horreur des camps, et pour saluer le courage de ceux qui, dans l’ombre, ont résisté, sauvé, témoigné.

La déportation n’est pas qu’un chapitre de l’Histoire. C’est un cri qui résonne encore. Un cri contre la barbarie, contre l’indifférence, contre l’oubli. Un cri qui nous rappelle que la liberté, la dignité, la fraternité ne sont jamais acquises. Elles se défendent, chaque jour.

Pourquoi se souvenir ? Parce que chaque nom gravé sur les stèles, chaque visage disparu dans la nuit des temps, chaque histoire brisée nous concerne. 

Parce que la Shoah, la déportation des résistants, des homosexuels, des Tziganes, des opposants politiques, n’est pas seulement le crime d’un régime : c’est l’échec de l’humanité à protéger les siens.

Se souvenir, c’est comprendre d’où nous venons. Imaginez : des milliers d’enfants, de femmes, d’hommes, arrachés à leur famille, entassés dans des trains, envoyés dans des camps où la peur, la faim et la cruauté règnent. Parmi eux, il y avait des enfants , des enfants qui rêvaient, qui jouaient, qui aimaient leurs parents....

Pourquoi est-ce que ça nous concerne ? Parce que la déportation, ce n’est pas juste une page d’un livre d’histoire. C’est le résultat de la haine, du racisme, de l’indifférence. 

Et ces dangers, malheureusement, existent encore aujourd’hui. Quand on insulte quelqu’un à cause de sa religion, de sa couleur de peau, ou de ses origines, c’est un petit pas vers ce qui a conduit à l’horreur des camps.

L’Histoire ne se passe pas seulement « ailleurs », Lambesc peut en témoigner.

En 1940, 343 internés du camp des Milles – pour la plupart des antinazis allemands ayant fui la dictature hitlérienne dès 1933 – ont été transférés à la conserverie Gillet de Lambesc, entre le 18 avril et la fin juin.

Ces hommes, femmes et parfois enfants, avaient cru trouver refuge en France. Pourtant, ils ont été internés, puis pour beaucoup déportés vers les camps de la mort. 

Ce lieu où nous nous trouvons actuellement , apparemment paisible, rappelle que la barbarie a frappé ici même, près de chez vous.

Mais il y a aussi eu des héros. Des gens ordinaires qui ont caché des enfants, qui ont aidé des familles à fuir, qui ont résisté. Des gens ordinaires, qui ont choisi le courage plutôt que la peur. Et nous savons qu’il y en a eu ici à Lambesc.

Alors, que pouvons-nous faire, nous ?

Pourquoi résister aujourd’hui ? Parce que l’intolérance, le racisme, l’antisémitisme, la haine de l’autre ne disparaissent pas par magie. Ils se cachent, se transforment, reviennent sous de nouveaux visages.

Résister, c’est refuser de détourner les yeux. C’est dire non à la banalisation de la haine, sur les réseaux sociaux, dans les rues, dans les discours.

Pourquoi transmettre ? Parce que (et là je m’adresse aux jeunes), vous, jeunes générations, vous êtes les gardiens de cette mémoire. Vous êtes ceux qui porterez le flambeau quand les derniers témoins ne seront plus là pour raconter. 

Transmettre, c’est transformer la douleur en force, l’horreur en espoir. C’est dire : « Plus jamais ça », et le vivre au quotidien.

Alors aujourd’hui, je vous le demande :

¤ Souvenez-vous des visages, des noms, des vies brisées.

¤ Résistez à l’indifférence, à la facilité, au silence complice.

¤ Transmettez cette mémoire, non pas comme un fardeau, mais comme une arme contre l’oubli.

¤ Écoutez : écoutez les témoignages, les histoires, pour ne jamais oublier.

¤ Agissez : dites non à la moquerie, à l’exclusion, à la violence, même quand c’est « juste une blague ».

¤ Transmettez : les derniers survivants de cette histoire nous quittent. Plus tard, ce sera à vous les jeunes de raconter leur histoire.

La mémoire, c’est comme une flamme. Si on ne l’alimente pas, elle s’éteint.

 Alors aujourd’hui, je vous demande : prenez cette flamme, portez-la haut, et ne la laissez jamais s’éteindre.

La déportation nous enseigne une leçon simple, mais terrible : L'humanité ne mérite son nom que quand elle se lève pour protéger les plus faibles. Alors levons-nous. Ensemble.

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A savoir : la Journée Nationale du Souvenir des Déportés est une manifestation NATIONALE qui a été décidée par une loi en 1954, loi proposée par Edmond MICHELET, ancien déporté du camp de Dachau.

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