14 avril 2021

N’oublions jamais ces dates, restons vigilants en 2021

 Ø  Le 27 mai 1943

Dans une France où la clandestinité s’impose comme une nécessité vitale, toutes les précautions ont été prises pour assurer la sécurité de cette première réunion plénière du Conseil national de la Résistance présidée par Jean Moulin.

 Six de ces membres représentent les différents partis politiques :

Le P.C.F., la SFIO, les Radicaux, les Démocrates Chrétiens, l’Alliance Démocratique (droite modérée et laïque) et la Fédéraion Républicaine(Droite conservatrice et catholique)

 Huit les Mouvements de Résistance :

Le Front National de la Résistance, Ceux de la Libération, Ceux de la Résistance, Libération Nord, Libération Sud, l’Organisation Civile et Militaire, Combat et Franc Tireur.

 Deux les Syndicats, la CFTC et la CGT réunifiée.

 De cette première réunion va naître l’idée d’un programme commun à tous pour la France libérée et celle de la reconstruction.

 Ø  Le 15 mars 1944                                                                                  Dix mois plus tard, le programme du Conseil National de la Résistance est adopté à l’unanimité et intitulé «les Jours heureux». Un titre qui se veut optimiste dans l’avenir alors que le pays est toujours occupé.                                                                                                                                              Cet ambitieux programme conçu dans la clandestinité va modeler le visage de la France d’après-guerre et créer un nouveau modèle social

Au gré des vicissitudes politiques de la Libération, la mise en place de ce programme va s’étaler de 1944 à 1946.

Ce texte d’une dizaine de pages est divisé en deux parties.

La première porte sur l’organisation de la résistance intérieure et les conditions de la lutte armée sur le territoire national. Il réclame la création d’un gouvernement provisoire.

Mais c’est surtout la deuxième partie que l’histoire a retenue, celle qui concerne la future organisation du pays prévoyant :

  • le rétablissement de toutes les libertés, à commencer par celle de la presse et l’interdiction des concentrations capitalistiques.
  • l’instauration de la Sécurité sociale et de la retraite pour «les vieux» comme l’on disait à l’époque.
  • Un vaste programme de nationalisation, des banques, des assurances, des ressources énergétiques, des transports.

.A l’époque où tout était à faire, c’est le consensus de toutes les forces vives de la nation, qui permit à la France de se relever.

 Ø  Avril 1945

Libération des camps de concentration nazis par les troupes soviétiques et alliées.

En 2021, nous commémorerons la Journée nationale du Souvenir des Victimes et des Héros de la Déportation le Dimanche 25 avril.

 Ø  Le 8 mai 1945

La France était enfin libérée du joug de l’Allemagne nazie qui capitule, au terme d’un conflit mondial d’une violence absolue.

Le pays était à genoux mais la nation était debout avec notamment le programme du Conseil National de la Résistance, prémisses d’une société française qui allait se construire sur des bases nouvelles.

 

En cette période de pandémie, il est nécessaire de ne pas oublier ces dates. Nous appelons toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans l’esprit qui animait Résistants et Déportés, à participer aux commémorations dans les villages, quartiers et villes de France sous toutes les formes que permettra le confinement. Mais cette ‘’Mémoire  Révérence’’ n’aurait aucun sens si elle ne se traduisait par une ‘’Mémoire Référence’’ pour éviter que cela ne se reproduise.

 

Ø  Au Printemps 2021

 

Puissions-nous réinventer demain notre pacte social et politique avec cette mémoire au cœur et l’ambition retrouvée de porter une vision de la France articulée autour de l’unité de la nation, de l’équité, de la fraternité, de la solidarité et de la préservation de nos libertés.

La crise démocratique qui traverse notre pays, l’Europe et au delà continue à s’aggraver. Nous assistons à une irrésistible montée des extrême-droites comme le montre, en France, les scores du Rassemblement national et de ses séides, les gesticulations du bloc social-identitaire, le repli nationaliste et xénophobe, prospérant toujours sur le terreau des crises, du chômage et de la misère.

Le fascisme n’est jamais le remède à ces crises, il en est le symptôme.

 

A la veille des élections régionales, prenons garde, le péril représenté par l’extrême-droite politique et culturelle met nos sociétés en danger. L’ultra droite et de larges couches de la population peuvent glisser vers le Rassemblement national et mettre en cause les fondements de notre République.


Soyons responsables, soyons vigilants en empêchant de tels rapprochements notamment dans la Hauts de France, en Occitanie et dans la région Paca.


Chacune et chacun d’entre nous peut jouer un rôle déterminant, notamment en faisant tout pour limiter le taux d’abstentions.

 

Michel Vial

20 mars 2021

Lettre au Pdt de la République en raison de' la montée arrogante des extrême-droites

 Monsieur le Président de la République,


Au nom des valeurs de la Résistance, au nom des Déportées et des Déportés qui ont souffert pour notre Liberté, nous nous adressons à vous, solennellement, en raison de la progression des actes et écrits racistes, antisémites et xénophobes.

Tous ces maux, dans un contexte économique fragile accentué par la pandémie, peuvent aboutir au pire.

Vous avez été élu, le 7 mai 2017, grâce à la clairvoyance des citoyens qui ont voulu, par leur vote en votre faveur, éviter l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen et freiner l’embrasement xénophobe et la montée arrogante des idées nauséabondes qu’elle défendait.

Néanmoins, en octobre 2020, votre ‘’conseiller mémoire’’ Bruno Roger-Petit a rencontré Marion Maréchal-Le Pen lors d’un déjeuner, à 18 mois de l’élection présidentielle de 2022. Quel était le but de cette rencontre en décembre dernier ? ¤ Essayer de sonder une éventuelle candidature de la nièce de la chef de file du Rassemblement National ¤ Ou pire, trouver un accord avec une proche des idées de Jean-Marie Le Pen ?

Vous êtes le garant de nos institutions, de la cohésion sociale et de nos libertés et celles-ci sont bafouées chaque jour en France, en Europe et dans le Monde.

¤ Que comptez-vous faire pour endiguer cette montée des extrême-droites dont le principal levier est le mécontentement social? ¤ Vous envisagez de dissoudre ‘’Génération Identitaire’’, ce que nous approuvons, mais que comptez vous faire pour les autres groupuscules qui utilisent le même langage et ne sont toujours pas poursuivis pour atteinte aux Droits de l’Homme ? ¤ Quand allez-vous donner l’ordre de leur dissolution et l’interdiction à leurs dirigeants de se reconstituer dans d’autres organisations ? ¤ Que faites-vous contre Jordan Bardella et Marion Maréchal qui apportent leur soutien à Génération Identitaire ?

Notre République est attaquée et ébranlée, les élites rejetées, les crises hors de contrôles.
Ne rien faire risquerait, nous en sommes persuadés, de nous mener rapidement vers une situation irréversible nous faisant passer de la Démocratie à un régime autoritaire.

Nous vous demandons de prendre toutes les décisions qui s'imposent afin de redonner à notre société un idéal respectueux de nos valeurs humanistes.

Nos aînés du Conseil National de la Résistance, pourtant d’horizons politiques hétérogènes, ont su le faire dans un contexte des plus sombres à la Libération.

Dans l'attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération


07 janvier 2021

Voeux 2021

Le bureau et les membres du Comité d’Administration de ‘’Résister Aujourd’hui’’ vous présentent ainsi qu’à vos proches leurs vœux les plus chaleureux pour cette nouvelle année 2021 qui, nous l’espérons, verra la fin de cette crise sanitaire qui a accentué les crises économiques, écologiques et par conséquent humaines déjà présentes.

Nous devons être de plus en plus vigilants :

¤ face à la montée des idées négationnistes et de toutes les intolérances,

¤ face aux résurgences du nazisme et du fascisme, en Europe et dans le monde car c’est une injure à notre histoire et à la mémoire de nos aînés.

Nous demeurons en alerte pour dénoncer chacun de ces agissements.

Nous nous mobilisons également devant l’arrogance et la cupidité des plus nantis, devant le recul des conquêtes sociales, héritées du Conseil National de la Résistance.

Grâce à votre soutien physique, moral ou financier nous pouvons espérer une année de Paix et de Justice Sociale digne du combat des Résistantes, des Résistants et de la souffrance des Déportées et des Déportés.

Merci de continuer à relayer, si vous le pouvez, nos informations et actions auprès de vos contacts.

En attendant le plaisir de vous informer à nouveau,

Cordialement vôtre.

Pour le Bureau National de ‘’Résister Aujourd’hui’’

le président

Serge Vial

07 décembre 2020

Des repères citoyens pour résister à l’engrenage des extrémismes, des racismes et de l’antisémitisme

 



Alain Chouraqui, Directeur de recherche émérite au CNRS, président de la Fondation du Camp des Milles

 La Mémoire et l’Histoire éclairent le présent. Elles nous alertent aujourd’hui. C’est le message porté par la Fondation du Camp des Milles – Mémoire et Education*, en particulier vers les jeunes. Après trente années de combat engagé avec d’anciens résistants et déportés pour une mémoire utile au présent, elle a en charge le seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact. Et à partir de cette Histoire, sont présentés dans le Volet réflexif du Site-mémorial les résultats d’un travail interdisciplinaire et intergénocidaire novateur sur les dynamiques qui ont été à l’œuvre dans les génocides du XXe siècle ainsi que sur les processus d’extrémisation qui peuvent conduire aux crimes de masse. Une muséographie inédite permet d’apporter des connaissances, de nourrir la réflexion et de bousculer souvent les certitudes infondées de certains élèves, tous citoyens de demain. Elle s’ouvre dès le hall d’accueil par l’achage des grandes valeurs démocratiques : Liberté, Égalité, Fraternité, Justice, Dignité, Laïcité. En parallèle, la Fondation souhaite orir une opportunité pédagogique, un outil culturel et un espace de dialogue aux professeurs, premiers porteurs de la République et de ces valeurs.

 Le Site-mémorial du Camp des Milles n’est donc pas seulement un haut-lieu de mémoire. C’est aussi un lieu vivant, d’éducation citoyenne et de culture. On y entre en contact physique avec l’engrenage de la Shoah, mais on peut aussi y constater que « chacun peut agir, chacun peut résister, chacun à sa manière ».

Au-delà du « Plus jamais ça ! », deux questions fondent le parcours muséographique : « Comment faire pour que plus jamais ça ? » et « Que ferais-je demain si… ? ». Mais demain peut arriver vite. Le Site-mémorial du Camp des Milles explique comment les sociétés peuvent sombrer dans la barbarie et présente également les nombreuses résistances possibles aux dérives mortifères. Parmi celles-ci, le processus dit de « radicalisation » apparaît en réalité comme un processus d’extrémisation, plus que de « retour aux racines ». Il renvoie à des facteurs psychologiques, sociologiques, psycho-sociaux, cognitifs, politiques, idéologiques souvent semblables. Il conduit essentiellement à un resserrement de la norme acceptée et recèle un fort potentiel de rejet de l’Autre, de racismes et de violence.

On peut ainsi dire qu’aujourd’hui, sur un fond de montée de tensions et d’extrémismes d’origines diverses, notre démocratie est prise en tenailles entre deux extrémismes identitaires, islamiste et nationaliste. Ces deux extrémismes sont à la fois le produit et l’aliment du processus et ils doivent donc être analysés en dynamique. On peut ainsi parler d’engrenages enclenchés, heureusement résistibles. Et l’on peut constater que les extrémismes concernés se nourrissent l’un de l’autre pour menacer finalement les libertés de tous et la démocratie, l’un par la terrible déstabilisation terroriste comme vient de le montrer tragiquement l’assassinat du professeur Samuel Paty, l’autre par l’expression dans les urnes, dans les lois ou dans la rue de crispations et de peurs, comme souvent dans les grandes tragédies de l’histoire. Tous les génocides, les plus graves des crimes contre l’humanité, montrent en eet que le moteur le plus puissant de l’engrenage vers le pire a toujours été le racisme, l’antisémitisme ou la xénophobie, fruits de l’extrémisme identitaire et de son potentiel explosif et contagieux.

 

C'est alors une combinaison de processus individuels, collectifs et institutionnels qu'il faut prendre en compte, et pas seulement les « radicalisations » individuelles souvent seules à être mises en avant.

 

Nous sommes entrés progressivement dans une période longue marquée en particulier par l’anomie. Les crises objectives et subjectives, les pertes de repères et les peurs, déclenchent chez beaucoup la recherche de « certitudes » voire d’absolu, l’appel à l’ordre ou au chef, et une attirance pour les « vérités » manichéennes assénées par les extrémismes et les intégrismes de tous bords. Un engrenage se met en place qui va du préjugé à la discrimination, de la peur à l’agressivité et à la violence, d’une croyance aveugle au rejet de l’autre, des mots fous aux gestes fous, de l’insulte dans la cour d’école au poignard contre des fonctionnaires, des livres brûlés aux hommes gazés.

 Chez certains – parfois dans des groupes sociaux entiers –, on peut observer, en réaction aux déstabilisations, un repli sur des repères « de proximité » (rapports de force élémentaires, identités défensives – du quartier au communautarisme ethnique, national ou religieux…), une recherche de repères forts – parfois dans un passé revisité – et d’idées simples face à la complexité, une désignation facile de boucs émissaires perçus comme étrangers, voire des aspirations à un régime autoritaire. Ces sujets interpellent et alertent aujourd’hui. Car l’autoritarisme, les complicités et les persécutions du nazisme et des fascismes se sont eux aussi développés dans des contextes d’anomie et de déstabilisation des valeurs, conduisant alors des personnes et des groupes vers des hétéronomies fortes et des repères identitaires réels ou fantasmés, et finalement vers une disparition des droits et libertés démocratiques.

Chez d'autres – souvent moins fragiles –, la réaction est heureusement inverse. Cette déstabilisation des « repères extérieurs » est mise à profit pour développer leurs propres repères, développer ainsi des « autonomies », c'est-à-dire permettre de nouvelles libertés par une « autoproduction » de règles et de repères, dans le rapport à la famille, au travail, au groupe, à la religion, à la nation, au monde…

 S'est ainsi enclenchée une sorte de « course de vitesse » entre les réflexes récurrents de peur, de crispation identitaire et donc « d'agressivité défensive » d'une part, et l'apprentis- sage d'éléments de réflexion, d'autonomie et donc de progrès humaniste et démocratique d'autre part.

Chacun a son rôle à jouer dans ce contexte sociétal dynamique et complexe. Notre expérience de terrain montre qu’un Site-mémorial comme celui du Camp des Milles peut apporter une double réponse, à la fois à ceux qui ont besoin de repères forts et immédiats, mais aussi à ceux qui souhaitent nourrir leurs connaissances ou leur esprit critique. Par l’accès direct aux lieux mêmes, il peut fournir aux élèves des repères sensibles et concrets ; par la transmission de clés de compréhension pluridisciplinaires élaborées à partir de l’Histoire, il leur propose des repères intellectuels, des armes de l’esprit.

 Comprendre le sens des événements est dicile dans le bruit des réseaux sociaux et le vacarme du temps présent. Le Volet réflexif du Mémorial, dont l’approche est inédite sur un lieu de mémoire, propose le recul de l’histoire et des sciences de l’homme pour présenter les mécanismes humains qui peuvent mener des extrémismes aux pires extrémités.

 

Mais il donne aussi à voir les capacités d’y résister. C’est cette dynamique que valide le Conseil scientifique international de notre Fondation**, présidé par le Recteur de Gaudemar et auquel appartiennent en particulier les Recteurs Beignier et Joutard ainsi que les Recteurs de Paris et d’Osnabruck. C’est cette approche originale de « convergence des mémoires » qu’a consacrée l’UNESCO en nous accordant une Chaire sur l’éducation à la citoyenneté, qui regroupe aujourd’hui des universités d’une vingtaine de pays.

Depuis son ouverture en 2012, le Site-mémorial a accueilli plus de 400 000 jeunes de l’éducation formelle ou informelle, venant de toute la France mais aussi de l’étranger. Parfois réticents à la visite d'un lieu si connoté, ils découvrent que cette histoire parle d’eux, de l’eet de groupe qui les enferme parfois, des racismes subis ou des stéréotypes partagés quotidiennement, ou bien encore des séductions extrémistes qu’ils peuvent rencontrer sur la toile. Les presque 3 000 ateliers menés chaque année auprès des élèves, en complément de leur visite, permettent d’approfondir certaines notions tout en développant l’esprit critique, l’engagement, le dialogue et la réflexion. Ces actions sont soutenues par des formations ou des moments d’échanges spécialement destinés aux enseignants qui le souhaitent. Aujourd’hui, en période de pandémie, nous avons tenu à poursuivre notre mission en proposant des interventions dans les établissements scolaires eux-mêmes et en mettant sur internet, à la libre disposition des éducateurs, de nombreuses ressources pédagogiques et culturelles.

Apporter de tels éléments d'éducation citoyenne, tenir toute la chaîne du savoir, depuis son élaboration par la recherche jusqu’à sa diusion muséographique ou pédagogique, permet d’alimenter la réflexion, de fournir des connaissances et de nourrir l’autonomie de chacun. C’est la mission principale assignée aux équipes de la Fondation du Camp des Milles. C’est ce partage des leçons de l’expérience tragique de l’humanité qui a permis le ferme soutien de Simone Veil, de Serge Klarsfeld ou de Jorge Semprun, et qui faisait dire à Elie Wiesel, prix Nobel de la paix : « Le camp des Milles sera un lieu important, très important pour les siècles à venir ».

En ces temps incertains et dangereux pour nos valeurs, les équipes de notre Fondation resteront donc résolument aux côtés des enseignants pour mener à bien notre mission commune, éducative, mémorielle et citoyenne.

  

*Cet article reprend notamment des éléments présentés par Alain Chouraqui à la Conférence des Présidents d’Université, repris dans The Conversation, et complétés avec le concours d’Olivier Vincent, professeur en Service éducatif à la Fondation du Camp des Milles. Une occasion de rendre aussi hommage au travail pédagogique d’Aline Chirouze, de Denis Caroti et de tous les professeurs qui se sont succédés en Service éducatif dans notre Fondation, comme des inspecteurs dont l’accompagnement a été précieux depuis l’origine du projet de Site mémorial.

  

** La Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Education est reconnue d’utilité publique par un décret du Premier ministre, sans but lucratif. L’Education nationale siège à son Conseil d’administration comme membre de droit.

Deux outils pédagogiques de la Fondation :

-Pour résister… à l’engrenage des extrémismes, des racismes et de l’antisémitisme, Alain Chouraqui dir., prologue Simone Veil, préface Jean-Paul de Gaudemar, Cherche Midi éd., 2015. Prix Seligmann contre l’injustice et l’intolérance délivré par le Recteur de Paris.

-Petit manuel de survie démocratique

 

 

04 décembre 2020

«Combattre la glorification du nazisme, du néonazisme et d'autres pratiques de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y sont associées»

 

À l'occasion de la présentation de la résolution «Combattre la glorification du nazisme, du néonazisme et d'autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée» à l'Assemblée générale des Nations Unies de cette année, 

la "Fédération Internationale des Résistants" 
dont "Résister Aujourd'hui" est membre a déclaré :

«Il y a 75 ans, nous avons remporté la victoire sur un ennemi commun et mis fin à la guerre mondiale la plus horrible, qui a causé une douleur incalculable à l'humanité, en particulier en Europe, en Asie, en Afrique, dans le Pacifique et dans d'autres parties du monde. Cette victoire est l'héritage commun de l'humanité et un monument à l'unité des peuples qui ont fait face à un mal sans précédent.
Chérissons à jamais la mémoire de ceux qui ont sacrifié leur vie au nom de la victoire, qui sont tombés au combat, qui sont morts de blessures, d'épuisement et de faim, et qui ont été torturés à mort comme prisonniers de guerre et dans les camps de concentration. Inclinons la tête en l'honneur de leur mémoire.
Nous n'oublierons jamais le grand sacrifice des peuples de l'Union soviétique. Vingt-sept millions de ses citoyens sont morts dans cette guerre d'extermination, dont les deux tiers étaient de la population civile. Il a laissé une empreinte profonde sur l'histoire de chaque famille, leurs souffrances et la douleur de la perte sont encore fraîches dans la mémoire de nos nations.
Nous rendons hommage au formidable sacrifice et au courage du peuple chinois, qui a perdu plus de 35 millions de soldats et de citoyens, et a apporté des contributions historiques indélébiles à la victoire de la guerre antifasciste mondiale en tant que principal champ de bataille en Asie.
Nous nous souvenons du courage et de la bravoure de tous ces Européens qui ont résisté au nazisme.
Nous nous souvenons de la valeur des soldats de la coalition alliée et de la fraternité des armes et de la coopération sans précédent des Alliés.
Personne n'est oublié, rien n'est oublié.

"Résister Aujourd'hui" cite in extenso tous les alliés qui se sont engagés soit en 1940, 1941 ou 1942 :

¤ l'Afrique du Sud, l'Australie, la Belgique, le Brésil, le Canada, la Chine, les Etats Unis, la France Libre et ses "colonies", la Grèce, le Luxembourg, le Mexique, la Norvège, la Nouvelle Zélande, les Pays Bas, la Pologne, le Royaume Uni et ses "colonies", l'U.R.S.S., la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie.

 Le but de la commémoration n’est pas de perpétuer la haine, mais de tirer une leçon de l’histoire, de regarder vers l’avenir et de chérir et de sauvegarder ensemble la paix. 
Malheureusement, de nos jours, nous pouvons observer des tentatives honteuses de réécrire l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et de faux récits qui nient l'histoire de l'agression ou même glorifient la guerre agressive et le régime colonial. Nous assistons à des tentatives d'effacer la mémoire d'actes héroïques, de détruire des monuments de guerre, d'interdire les médailles et symboles de gloire associés à la Victoire. Cela n'a aucune justification, quel que soit le raisonnement politique ou géopolitique qui le sous-tend. Ceux qui commettent cela n'effaceront jamais le verdict incontestable de l'histoire.
La principale responsabilité de prévenir et de combattre la propagation du néonazisme incombe aux États. En attendant, la communauté internationale doit rester vigilante et unie pour supprimer tout embryon d'idéologie nazie. Nous devons empêcher la répétition des massacres de guerre. Nous devons le faire pour la mémoire de ceux qui ont abandonné leur vie pendant la Seconde Guerre mondiale."

26 septembre 2020

Respectons les droits humains des migrants

 Résister Aujourd'Hui vient de signer une pétition appelant la Commission européenne à mettre un terme aux mauvais traitements infligés aux migrants en Grèce.

Des incendies ont détruit l'un des plus grands camps de réfugiés d'Europe à Moria, en Grèce, et laissé 13 000 personnes sans abri. L'UE doit respecter tous les droits humains . 
WeMove Europe et Oxfam ont déposé une plainte officielle à la Commission européenne pour mettre fin aux mauvais traitements infligés aux migrants et modifier toute politique utile en la matière.
 
Pour que la Commission n'ignore pas cette plainte, nous devons signer l'appel ci-dessous et le partager le plus possible autour de nous. Seule la pression des citoyens européens fera plier la Commission européenne !
 
Rejoignez-nous pour soutenir une action en justice visant à protéger les migrants !
https://act.wemove.eu/campaigns/droits-migrants-moria
 
Merci,    

16 septembre 2020

Interview d'Alain Chouraqui (Journal La Marseillaise)

 

« La démocratie n’a pas besoin de violence mais de raison »

Président de la Fondation du Camp des Milles-Mémoire et éducation, Alain Chouraqui a présenté ce mardi, à l’occasion de la Journée internationale de la démocratie, l’édition 2020 de l’indice d’analyse et d’alerte républicaine et démocratique.

Aghate Lhôte du Journal "La Marseillaise" l'a interviewé.

Qu’est-ce que l’indice d’analyse et d’alerte républicaine et démocratique ?

Alain Chouraqui : Cet indice est la traduction chiffrée de nos analyses scientifiques sur les tragédies de l’Histoire, en les appliquant à ces dernières décennies. Nous avons voulu essayer de mesurer le risque pour la démocratie aujourd’hui à partir des leçons du passé. Elles ont été analysées scientifiquement pendant 15 ans par notre équipe et ont conduit à des analyses assez précises sur les mécanismes humains qui peuvent conduire au pire, ainsi que sur les capacités de résistance. La volonté a été de pouvoir arriver à mesurer le risque d’engrenage contre la démocratie en prenant les caractéristiques principales de chaque étape et en trouvant pour chaque caractéristique des statistiques fiables comme la crise économique, le chômage des jeunes, les violences racistes etc.

Justement, quelles sont les étapes qui peuvent mener à un engrenage contre la démocratie ?

A.C. : Il existe trois étapes qui ont chacune leurs caractéristiques. La première est marquée par des crises diverses. La deuxième étape concerne le passage de la démocratie au régime autoritaire et se scinde en deux parts majeures allant de la perte de repères à la fin de l’état de droit par la force ou les urnes. Enfin, la troisième étape qui peut être observée dans l’Histoire si les résistances sont insuffisantes, est l’extension des persécutions et des menaces contre tous. Aujourd’hui en France nos outils d’analyse montrent que nous serions au début de l’étape 2.

Comment expliquer que la France soit à la deuxième étape du processus alors que c’est un pays démocratique ?

A.C. : On constate que les caractéristiques du passé concernant cette étape correspondent à ce que l’on observe actuellement. Je pense notamment à la perte de repères, au rejet des élites… Dans les mécanismes de sociétés en crise, il n’y a pas grand-chose de nouveau et la société actuelle est en train de suivre le même chemin dans les grands points d’étapes et nous disons « alerte ». Les deux points les plus inquiétants que nous observons aujourd’hui sont d’une part l’augmentation des violences et des radicalisations qui sont un élément d’accélération considérable et d’autre part les crispations identitaires qui dans l’Histoire ont mené au pire. Ce sont elles qui ont conduit à la Shoah, au génocide des Arméniens ou des Tutsi. Donc quand une société voit les crispations identitaires prendre une place considérable dans sa vie publique, là il y a un énorme danger. Selon l’indice, entre 1990 et 2019, les risques pour la démocratie ont été multipliés par 5.

Que faut-il absolument éviter aujourd’hui ?

A.C. : Il faut évidemment éviter d’en arriver à un régime autoritaire en France, et les résistances sont possibles. D’ailleurs il y a eu un bel exemple quand après les attentats de 2015 il y a eu pendant deux ans une baisse très nette de l’indice des risques pour la démocratie, alors qu’on aurait pu imaginer un coup d’accélérateur considérable pour l’engrenage. Les Français ont montré leur résistance, leur résilience et n’ont en majorité pas joué ce jeu-là. Elle a été appuyée par les positions très claires des pouvoirs publics qui ont alerté sur le risque d’amalgame, entre autres. On est maintenant dans un engrenage qui est inquiétant mais heureusement on peut lui résister grâce notamment à la prise de conscience démocratique et à l’éducation.

Faut-il assister à des drames pour voir naître une prise de conscience ?

A.C. : Je le crains car nous sommes dans une société tellement pressée, portée sur l’immédiat, qu’il faut parfois des électrochocs. D’ailleurs on peut se demander si la crise de la Covid ne peut pas jouer un rôle de cet ordre dans les deux sens. C’est-à-dire d’un côté la possibilité de prendre du recul sur les grands problèmes et de l’autre habituer hélas les populations à des restrictions de liberté même si elles sont aujourd’hui nécessaires.

 Quel constat faites-vous concernant l’augmentation de 79 points du risque entre 2018 et 2019 ?

A.C. : Après 2017, l’indice est reparti à la hausse et a rejoint la tendance lourde. Cette tendance lourde est due largement aux actes racistes et antisémites favorisés par des extrémismes identitaires. Jusqu’en 2018, l’indice était vers le haut à cause de l’antisémitisme surtout et, entre 2018 et 2019 au-delà de l’antisémitisme qui a continué à progresser, ce sont les actes racistes qui ne sont ni antisémites ni antimusulmans qui ont explosé avec une augmentation de 130 % en un an.

Depuis quelques temps nous voyons une libération de la parole raciste et antisémite qui s’est normalisée, quelle analyse peut-on faire au niveau de la société ?

A.C. : Je pense que cela fait partie des signaux de brutalisation de la société. Il y a un moment où les sociétés deviennent plus violentes dans leurs comportements, leurs échanges et c’est un moment inquiétant. Cela signifie que les extrémismes sont en train de l’emporter et cela nourrit les passions alors que la démocratie a besoin de raison, pour le dialogue, les échanges et même les confrontations.

Entretien réalisé par Agathe L’hôte du Journal « la Marseillaise »