Après ce poème de Léo Ferré déclamé par notre ami Richard Martin, après tous les intervenants
que nous venons d’entendre,
nous avons encore plus de raisons de résister aujourd’hui.
« Résister Aujourd’hui » , notre association a été créée en 1994, à l’initiative d’anciens
Résistants pour perpétuer la mémoire, l’esprit et les valeurs de la
Résistance, pour dénoncer toute apologie et résurgences du racisme, de
l’antisémitisme et des thèses d’extrême droite
Dès notre création notre comité de parrainage comprenait, à
l’image du Conseil National de la Résistance des personnalités de toutes
tendances politiques ou confessionnelles
C’est
en nous appuyant sur nos statuts, nos engagements et notre comité de parrainage
que nous organisons cette réunion-débat. Nous voulons réunir en un seul élan
tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs que défendaient les Résistants,
qu’on soit de gauche, de droite ou d’ailleurs.
Au
plateau de Glières les 14 et 15 mai 2011 des vétérans de la Résistance nous
appelèrent à une insurrection pacifique.
Après
le succès de ce rassemblement, avec
le frémissement actuel de tous les indignés du monde, devant
les percées extrémistes en France et ailleurs, avec
les atteintes contre les acquis du programme du Conseil National de la
Résistance,
Nous
vous appelons à un sursaut citoyen et pensons que le Théâtre Toursky peut être
un des ferments de cette insurrection pacifique et humaniste.
C’est
une nouvelle étape pour la reprise en mains de nos destinées dans une France
plus juste, plus démocratique, plus généreuse où chacune et chacun pourra
travailler, se nourrir, se loger, se soigner, s’éduquer et se cultiver comme le
prévoyait le programme du CNR et comme le 1er gouvernement de 4ème
République a eu la lucidité et le courage de l’appliquer dans une France bien
plus pauvre qu’aujourd’hui.
Nous aborderons ce soir plusieurs points :
·
La banalisation des idées d’extrême-droite
·
La défense des acquis du programme du CNR
·
Le devoir de mémoire.
Il
y a eu beaucoup de sacrifices et de souffrances pour libérer l’Europe de la
folie hitlérienne.
Et 66 ans après la capitulation nazie et le retour des camps de la
mort, les crimes racistes, la xénophobie, l’intolérance et le rejet de l’autre
restent une réalité.
On sème ainsi impunément la haine envers l’autre en banalisant les
idées d’extrême-droite et de la parole aux actes, le pas est vite
franchi.
Cet été en Norvège les
idées d’extrême droite ont encore armé le bras d’un fanatique.
Nous avons en mémoire, les cinq petits fachos nourris aux thèses
de l'extrême droite qui ont profané en 1990, le cimetière juif de Carpentras.
En 1995, l’assassinat du jeune comorien de 17 ans, Ibrahim Ali,
par des colleurs d’affiches du Front National
L'assassinat du Marocain sortant de la mosquée à St Etienne, et combien de souffrances et d'humiliations à connotation raciste
depuis.
A travers toute l’Europe, c'est à celui qui sera le champion
de l'intolérance et cela créé un climat xénophobe et raciste qui aboutit à ces
actes monstrueux et qui demain peut nous replonger dans l’obscurantisme et le
fascisme d’hier.
Nous ne sommes pas en reste en France.
Au 2ème tour des cantonales cette année le FN a très
souvent récolté de 45 à 50% de voix.
Les électeurs n’ont plus honte de voter pour le FN et d’après un
sondage 52% des français estiment que le FN devrait être considéré
comme «un parti comme les autres»
Il y a quelques années seuls le Front National
et le MNR étaient porteurs d’idées racistes, antisémites et xénophobes et nous
les stigmatisions chaque fois avec force.
Tous les partis républicains de droite ou de
gauche rejetaient le FN, ses propos et
ses actes
Rappelons-nous
cette déclaration d’un homme politique
Je cite
«
Je n'ai pas l'intention d'accepter la moindre parole qui serait de nature
raciste ou antisémite. Je ne connais qu'une stratégie, celle de la tolérance
zéro : ne rien accepter et sanctionner tout de suite. Il n'y a jamais d'acte
antisémite ou d'acte raciste qui soit mineur. Qu'il s'agisse d'une parole ou
d'un geste, qu'il y ait des victimes ou non, c'est toujours quelque chose de
grave »?
fin
de citation.
C’était
simplement, Nicolas Sarkozy, le 25 juillet 2005.
Depuis, le vote des intolérants est considéré un appoint
indispensable, certains élus, souvent des ministres en
fonction et la Droite Populaire endossent le maillot de défenseur des idées
d’extrême droite.
Les peurs, les inquiétudes , les angoisses
instrumentalisées favorisent la montée de l’intolérance.
Aujourd’hui, en
2011, une grande partie de nos concitoyens ne croit pas et ne mesure pas le
danger de la résurgence de ces thèses.
Pour que les
valeurs de la résistance ne soient pas trahies
nous devons
dénoncer cette banalisation afin de stopper cette poussée extrémiste.
nous devons
rester fidèles à la mémoire et aux engagements de ceux qui se sont battus
au risque de
leurs vies pour défendre nos libertés.
nous devons exiger de ceux qui nous gouvernent ou qui veulent nous
gouverner
une attitude ferme face à la banalisation des idées d’extrême
droite.
2ème
thème
la défense des acquis sociaux et culturels du programme du CNR
Le
Conseil National de la résistance créé par Jean Moulin le 27 mai 1943 était composé de démocrates de tout horizon
politique ou confessionnel
8
mouvements de la Résistance, 6 partis politiques et 2 syndicats.
Le
15 mars 1944, ils adoptaient le programme du Conseil National de la Résistance.
67
ans après son adoption, ce texte est pour nous
une double source d’inspiration, pour
l’esprit qui l’anime et pour les institutions qu’il a permis de fonder.
Ce programme
préparait la
renaissance de la France
après
cinq années de trahison, de fascisme vichyssois soutenu par le nazisme hitlérien,
après
cinq années de souffrances et de sacrifices.
Ce
texte audacieux est à l’origine de nombreuses conquêtes (la sécurité sociale,
les retraites généralisées et décentes, le droit au travail, à la santé, à
l’éducation et à la culture pour tous, la
maîtrise des services publics, la liberté de la presse et son indépendance, le
retour à la nation des grands moyens de production, des cies d’assurance et des
grandes banques
Il
y avait, dans ce programme l’affirmation d’une vision et cette vision est
toujours valable aujourd’hui.
Et
la vidéo que nous avons vu au début de la soirée nous rappelle l’impérieuse
nécessité de défendre ces acquis et demander aux candidates et candidats à un
mandat public de s’engager.
Quand on voit, en France,
que les 1% les plus riches possèdent 24% de la richesse du pays tandis que les
50% les moins bien lotis n’en possèdent que 6%, Il y a un hold up des banques et des marchés financiers sur la
répartition des richesses créées par tous.
La santé,
l’éducation, la culture sont sacrifiées et laissées aux mains du privé ou du
pouvoir en place et échappe au contrôle des citoyens.
Quand
nous voyons le pouvoir actuel arrêter et chasser les Rroms cela nous rappelle
combien les Tziganes comme les juifs ont déjà payé, sous Vichy, cette politique
raciste et xénophobe.
Les
femmes et les hommes de ce pays doivent
retrouver leur dignité.
On
ne peut se taire plus longtemps, il est temps de se rebeller et de placer
tous ceux qui cautionnent pareille politique,
contraire aux idéaux de la Résistance, devant leurs
responsabilités ?
Quelques
textes nous permettent de retrouver l’esprit et les valeurs de la Résistance.
Ce
sont des textes tous empreints de Justice, de Générosité, de Liberté, de
Fraternité et d’Egalité
- le programme du CNR
bien sûr
mais
aussi
- l’Appel des Vétérans de
la Résistance du 15 mars 2004
- l’Appel de Thorens
Glières (Raymond Aubrac et Stéphane Hessel) le 14 mai 2011
- la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme de 1948 est également un texte référent
dont René Cassin a été un des principaux rédacteurs et auquel Stéphane
Hessel a participé.
Attentifs à ces
textes, nous devons
manifester notre réprobation et notre opposition devant le
démantèlement des acquis du programme du CNR et exiger avec
force son actualisation et la création
d’un projet ambitieux pour le XXIème siècle.
Je
voudrais parler du devoir de mémoire, tout le
monde l’évoque mais il y a beaucoup de confusions et de remises en cause.
La mémoire doit
être une mémoire vive où mémoire et réflexion se côtoient.
La
mémoire vive, c’est permettre une compréhension des événements et des actes
d’hier, permettant
ainsi de mieux construire son avenir.
L’histoire
de la société depuis des siècles s’est construite à partir d’une utopie, d’un
espérance en des jours meilleurs, dont les femmes et les hommes ont besoin.
Les
combats de nos aînés ont été menés à partir de la vision de la société à
laquelle ils aspiraient pour leurs enfants.
En
menant cette bataille de la mémoire, nous faisons connaître l’utilité de leurs
luttes, l’histoire
de l’émancipation humaine qui a conduit à la conquêtes des valeurs
républicaines qui
constituaient jusqu’à aujourd’hui le
socle de notre société.
Plus
que jamais, nous avons besoin que se construise, entre
les idéaux des Résistants d’hier et les volontés des citoyens-résistants
d’aujourd’hui, une
large osmose capable de donner un nouveau souffle aux
acquis démocratiques, sociaux et culturels de 1945.
Quand
nous dénonçons ces atteintes aux libertés fondamentales, c’est
pour mieux faire comprendre les mécanismes, toujours semblables qui
peuvent conduire à nouveau à l’émergence des forces les plus rétrogrades et à
la barbarie écrasant
les droits élémentaires de la Démocratie, que ce soit en France ou ailleurs.
Nous
devons montrer et analyser les engrenages des intolérances mais aussi la
responsabilité de l’homme et de la femme d’aujourd’hui, nous devons informer,
et encore informer afin que chacun, notamment les jeunes soient conscients des
dangers et se comportent en citoyens responsables.
La
mémoire vécue de nos anciens nous rappelle que dans les années trente c'est sur
le terreau du chômage et de la misère grandissante que germa le fascisme en
Italie et le nazisme en Allemagne.
Ce sont les mêmes conditions relatives qui avivent, encore aujourd'hui, haines
raciales et passions nationalistes. N’oublions pas que la crise économique de
1929 déboucha sur la montée du fascisme, du franquisme, du nazisme et sur la 2ème
guerre mondiale.
Avec
cette compréhension, comment ne pas réagir vivement à la suppression des
enseignements d’histoire dans les classes de terminales scientifiques.
L’histoire est une matière transversale, indispensable à tous. Cette
suppression est un déni de devoir de mémoire.
Nous demandons aux côtés des Résistants, que l’histoire de la
Résistance et de la Déportation soit enseignée, dans tous les collèges et
lycées.
Nous demandons également que le 27 mai, jour anniversaire
de la création du C.N.R., devienne journée nationale de la Résistance.
Ce jour serait évoqué, dans toutes les écoles, ce que fut la
Résistance, ses buts, son rôle, ses idéaux.
Nous demandons
aux candidats aux présidentielles et aux législatives de se déterminer
clairement sur tous les sujets abordés ce soir et nous dire
comment ils vont réaliser cette œuvre de reconstruction qui devra être
aussi forte que celle faite en 1944 /45 par le Conseil National de la Résistance.
Nous devons être
prêts à faire pression et chercher tous les points de convergences entre
associations, mouvements, syndicats et partis se réclamant de la Mémoire de la
Résistance.
A
la veille de 2012, échéance électorale, nous
avons ensemble la volonté de voir refleurir les idéaux de la Résistance.
Nous ne pouvons
rester impassibles devant la
banalisation des idées d’extrême droite en France et en Europe.
Nous ne pouvons
rester indifférents devant le
démantèlement des acquis sociaux et culturels
du programme du
Conseil National de la Résistance.
Nous
avons une responsabilité historique
Nous appelons les nouvelles générations à réfléchir avec nous sur
les causes toujours semblables de la montée des extrémismes de droite et des
dangers que cela représente.
Nous appelons tous les démocrates et notamment les plus jeunes à
se mobiliser pour participer à la rédaction du « projet de société du
21ème siècle » reprenant
les principes du programme du Conseil National de la Résistance en les adaptant
à notre époque.
Ce projet initié par « Citoyens Résistants d’Hier et
d’Aujourd’hui » sera un élément déterminant de nos luttes futures
Nous mettrons, ensemble,
tout en oeuvre, pour que ce projet prenne forme,
pour que l'intelligence gagne du terrain sur l'intolérance.
pour que la fraternité entre
les hommes et la solidarité entre les Peuples fassent reculer
l'intolérance et la barbarie,
pour que la responsabilité
et la vigilance de chacun garantissent
la Liberté de tous ceux qui vivent et qui vivront sur notre planète.
Comme
Lucie Aubrac , nous disons que « le verbe Résister doit toujours se
conjuguer au présent »
Vive la Résistance !
Marseille le 19 octobre 2011