13 octobre 2009

lettre au Président de la République - Théâtre Toursky à Marseille

 


Courrier adressé par Michel Vial à Nicolas Sarkozy au sujet du Théâtre Toursky

Monsieur le Président de la République,

Nous nous adressons à vous pour vous alerter de la grève de la faim, entamée le 3 octobre 2009, par Richard Martin, directeur du Théâtre Toursky à Marseille qui réclame, en vain, que lui soit restitué les subventions de l’Etat qui lui ont été graduellement et totalement supprimées au cours des années.

Richard Martin a créé, il y a 38 ans, un théâtre dans un quartier populaire de Marseille, ce qui représentait un pari fou et des risques énormes. Le théâtre Toursky est devenu un théâtre mythique, une plaque tournante des échanges culturels méditerranéens et européens.
Il est reconnu par sa programmation favorisant les échanges avec 24 pays, ses combats pour rendre la culture accessible à tous, sa lutte contre l’exclusion, l’intolérance et le racisme, son ouverture sociale et son travail de création.
Le Théâtre Toursky représente un relais incontournable d’une culture pour tous situé dans le droit fil de l’aventure initiée par Jean Vilar et Roger Planchon.

Nous connaissons vos engagements personnels multiples sur la culture.
Vous avez déclaré, le 4 avril 2007 :

« Je veux que la culture soit faite pour le Peuple. Je stimulerais la création et je rendrais la culture accessible au plus grand nombre parce que c’est une source de liberté , d’épanouissement et de paix sociale. »
Vous vous êtes assigné cinq priorités pour votre politique culturelle, entre autres
« ….de faire entrer la culture et l’art dans les quartiers, ce que Jean Vilar voulait faire avec le TNP ………….je voudrais que nous le fassions dans les banlieux…………Je souhaite que cette démarche soit soutenue et encouragée par l’Etat……… »

et vous insistiez :
« ….le principe du soutien public au théâtre vivant est intangible à mes yeux. »
Devant le Congrès, le 22 juin 2009 vous vous référiez au Conseil National de la Résistance.
Héritiers des valeurs de la Résistance, nous nous référons aussi au C.N.R. et à son programme dans lequel des Résistants de toutes opinions rêvaient d’un droit à la culture pour tous qu’ils adoptèrent dans leur programme le 15 mars 1944 et qu’ils appliquèrent dès le premier gouvernement de la 4ème République.

Il semble que le ministère de la culture et particulièrement sa direction régionale PACA n’applique pas votre politique culturelle, celle que le C.N.R. préconisait, en supprimant toutes les subventions au théâtre Toursky, cette structure qui répond à la dimension internationale du projet de Marseille capitale européenne de la culture en 2013.

Une délégation du comité de soutien à Richard Martin se rendra ce jeudi 15 octobre à 14h30 au ministère de la culture. Nous vous demandons de bien vouloir intervenir d’urgence pour une réponse positive afin d’éviter un drame et pour que la culture reste vivante notamment dans les quartiers défavorisées.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de notre haute considération.
Pour ''résister Aujourd'hui   le Pdt  Michel Vial

28 avril 2009

Dieulefit, village de « Justes »

 

Aux pires périodes de la seconde guerre mondiale, un millier de réfugiés seront passés par Dieulefit. Anne Vallaeys nous raconte une histoire : celle des habitants qui firent de leur village un havre de paix

On a quelque scrupule à parler de Dieulefit. Ce bourg du Sud-Dauphiné, situé dans les montagnes de la « Drôme provençale », ne demande qu’à rester caché du monde. [...]

Caché, s’y cacher, y être caché. Dans son joli récit, Anne Vallaeys [raconte l’histoire] des habitants de Dieulefit qui, durant la Seconde Guerre mondiale, firent de leur village un havre de paix, un refuge pour les proscrits, une halte bénéfique au flanc d’une histoire faite de violences et d’exils. Dans ces collines rudes, qui se prennent carrément pour des montagnes – sans égaler en sensations fortes le Vercors situé plus au nord –, des Français de tous métiers, des artisans, des commerçants, des industriels, des médecins, des hommes et des femmes, des protestants (surtout) mais aussi des catholiques, et des sans-religion ont tissé durant les années noires un filet de protection pour les apatrides, les juifs, les communistes, les pourchassés, les enfants orphelins.

Parmi ces héros d’une résistance sans bruit, parce que toute naturelle, se détachent des personnalités fortes, étranges, comme celles des « demoiselles Marguerite Soubeyran et Catherine Kraft », fondatrices de l’école de Beauvallon, à l’écart du bourg. À l’origine, une école-pensionnat pour les gamins difficiles, les « cas lourds », les indisciplinés. Des pionnières de ces « écoles nouvelles » semées dans l’avant-guerre aux marges de l’école officielle et qui, après 1968 (et Ivan Illich), connaîtraient un regain de vigueur. Des écoles de la liberté et de la responsabilité.

Quand s’imposa l’évidence que plus difficile que la situation des « gamins difficiles » serait celle des gamins pourchassés par les nazis et leurs séides français, les « demoiselles » (regards entendus, mais sans plus, sur ces demoiselles « bonnes amies » vivant étrangement…) entreprirent d’accueillir ceux qui n’étaient plus seulement des exclus de l’école, mais des exclus de la société.

Elles ne furent pas les seules, dans Dieulefit, à accueillir, cacher, employer et protéger les repliés de la drôle de guerre avant d’héberger et de cacher les pourchassés des autres phases de la guerre : la vie suspendue de la zone dite « libre » puis, carrément, l’Occupation. Ainsi vit-on, peu à peu, monter de la vallée des dizaines, voire des centaines, de personnes. Parmi elles, Louis Aragon et Elsa Triolet, le philosophe Emmanuel Mounier, très tôt revenu des premières séductions de la « révolution nationale », le poète Pierre Emmanuel, mais aussi des peintres, des musiciens (la pianiste Yvonne Lefébure), cohabitant dans les rues de Dieulefit (et parfois ses soupentes) avec des juifs autrichiens, des communistes allemands, des républicains espagnols.

À la mairie, où Vichy avait placé un maire-colonel dont on ne sait s’il fit preuve d’aveuglement ou de passivité délibérée, une jeune employée de vingt ans, Jeanne Barnier, confectionne des centaines de fausses cartes, fabrique des tampons officiels. Jusqu’au jour où la gendarmerie se rend compte des supercheries. Le gendarme qui l’interroge lui dit : « Vous mentez très mal. » Mais, loin de l’accabler, il se met à lui donner des conseils sur la meilleure manière de mentir aux gendarmes. Il périra, peu avant la Libération, sous les balles allemandes.

« Miracle du silence », dit à l’enquêtrice un témoin de l’époque. C’est que, dans ce village divisé entre protestants et catholiques à parts à peu près égales, il se sera établi comme une conspiration du silence, une conjuration du bien. Un millier de réfugiés seront passés par Dieulefit aux pires périodes de l’histoire de France. Et tous s’y seront sentis protégés par une certaine idée de l’humanité. Des « parpaillots » pour qui la résistance était une vieille habitude du temps des « dragonnades », des catholiques ralliés à la bienveillance générale, des républicains associés : tout le monde s’y est mis pour faire de ce village un espace de « Justes » parmi les nations.

Bruno Frappat

25 mars 2009

Quand Daladier disait « Welcome », par Anne Vallaeys

 

Y aurait-il un parallèle entre la situation des migrants et des bénévoles de Calais et celle des Juifs et des Justes d’hier, sous Vichy et l’occupation nazie ? La controverse oppose le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, Eric Besson, au cinéaste Philippe Lioret à propos de son film, Welcome. Comme si l’indignité avait commencé en 1943… L’Histoire n’est pas un catalogue d’événements indépendants les uns des autres, où les démagogues piqueraient des démonstrations selon l’air du temps. N’empêche, si aujourd’hui en France il y a une résonance entre le sort des migrants et un épisode du passé, c’est plutôt la IIIe République et sa politique xénophobe qu’il conviendrait de pointer, puisqu’elle prépara un terrain favorable aux camps d’internement de l’Etat français de Vichy. Bien avant Pétain, rastaquouères, Juifs ou non, étrangers, persona non grata étaient tracassés, harcelés par les préfets de France la doulce (roman de Paul Morand, 1934). Toujours privée d’âme, l’administration appliquait alors les règlements et les circulaires du gouvernement Daladier.

De l’hiver 1938 au printemps 1939, c’est bien un cabinet radical-socialiste qui imagina ce que la République allait qualifier « lieux de séjour surveillé », « lieux d’hébergement », de « rassemblement », d’« internement », « camps de prestataires » et « camps de transit », selon les subtilités bureaucratiques des fonctionnaires.

Agde, Argelès, Bram, le Barcarès, Rivesaltes, Saint-Cyprien et Septfonds… Dans ces camps du Sud, la République enferma des êtres dans d’immenses champs de baraques sordides et d’immondices. Ils étaient des centaines de milles, républicains espagnols, combattants comme civils, qui avaient échappé à l’oppression franquiste. Des centaines de milliers d’autres réfugiés avaient choisi la patrie des droits de l’homme, puisqu’ils avaient décidé de se mettre hors d’atteinte des dictateurs à fronts de bœufs, des gauleiters national-socialistes. Il fallait bien, rétorquaient alors les fonctionnaires républicains, trouver des solutions devant un tel afflux d’exilés et de réfugiés.

Alors, des femmes, des hommes, anonymes, maîtres d’écoles, conseillers municipaux, ouvrirent leurs portes, offrirent un gîte et un peu de sécurité aux exilés. De simples individus, qui, sans discours, sans idéologie, hors du religieux et du social, considéraient qu’un humain était digne de la seule vertu d’être un homme, simplement. Comme aujourd’hui à Calais et ailleurs. C’était un temps de rumeurs, de menaces de guerre.

De septembre 1939 à mai 1940, la même République, conduite par le démocrate républicain Paul Reynaud, inaugurait des camps de Rieucros, le Vernet, Gurs, les Milles. Des milliers de « ressortissants » dantzigois, sarrois, apatrides, qualifiés d’« extrémistes », « susceptibles de troubler la paix sociale ou de nuire à la Défense nationale », furent alors parqués entre des barbelés. Il s’agissait de priver des êtres de liberté, non sur la décision d’un quelconque jugement prononcé par l’autorité de justice, mais en vertu du règlement aveugle appliqué par une simple autorité administrative… Maudits préfets ! Gurs « hébergea » ainsi près de dix-neuf mille « individus » de cinquante-neuf nationalités différentes, des êtres isolés, des familles qualifiées de « gens sans ressource et sans domicile fixe ». Ceux qui étaient enfermés aux Milles, dans l’ombre de la montagne Sainte-Victoire, étaient des étrangers en « instance d’émigration » ou « en attente de visa de sortie »…

Le 3 septembre 1939, le jour de la déclaration de guerre contre les hitlériens, des affiches étaient apposées aux quatre coins de Paris. Les autorités de la République enjoignaient les « ressortissants allemands » de se rendre volontairement, « pourvus d’une couverture », au stade de Colombes, désigné « camp de rassemblement ». Dans les baraquements, les étrangers devenaient alors « sujets ennemis de la Patrie ». Parias, gens de rien, intellectuels, artistes, commerçants, médecins, Autrichiens, Polonais, Hongrois, Allemands, Juifs ou non, beaucoup, dès 1933, avaient déserté la dictature hitlérienne. Un grand nombre avait trouvé un asile en Provence et dans le Sud, où l’on vit « heureux comme Dieu en France », disait un dicton de chez eux.

Déjà les règlements exigeaient : réfugiés comme logeurs devaient déclarer les contrats de location au préfet, l’autorité républicaine. Privés de la protection de la loi, nombre d’étrangers en délicatesse avec les circulaires et les règlements aveugles, se gardaient bien de franchir le seuil des hôtels de ville, assurés d’en ressortir ficelés. Alors, des hors-la-loi, des femmes et des hommes insoumis, ouvrirent leurs portes, tout simplement.

Anne Vallaeys, écrivaine

25 mai 2008

Poèmes de Charlotte Delbo

 

 Ô vous qui savez 

Ô vous qui savez

 Saviez-vous que les pierres du chemin

 ne pleurent pas

 qu’il n’y a qu’un mot pour l’épouvante

 qu’un mot pour l’angoisse ?

 Saviez-vous que la souffrance

 n’a pas de limite

 l’horreur de frontière ?

Le saviez-vous ?

Vous qui savez. »

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Aucun de nous ne reviendra

 

Vous qui avez pleuré deux milles ans


un qui a agonisé trois jours et trois nuits

 

quelles larmes aurez-vous


pour ceux qui ont agonisé


beaucoup plus que trois cents nuits

 

et beaucoup plus que trois cents journées


combien pleurerez-vous


ceux-là qui ont agonisé tant d’agonies


et ils étaient innombrables

 

Ils ne croyaient pas à la résurrection dans l’éternité


Et ils savaient que vous ne pleuriez pas.


_______________________________

 

Prière aux vivants pour leur pardonner d'être vivants


Vous qui passez

bien habillés de tous vos muscles

un vêtement qui vous va bien

qui vous va mal

qui vous va à peu près

vous qui passez

animés d’une vie tumultueuse aux artères

et bien collée au squelette

d’un pas alerte sportif lourdaud

rieurs renfrognés, vous êtes beaux

si quelconques

si quelconquement tout le monde

tellement beaux d’être quelconques

diversement

avec cette vie qui vous empêche

de sentir votre buste qui suit la jambe

votre main au chapeau

votre main sur le cœur

la rotule qui roule doucement au genou

comment vous pardonner d’être vivants…

_________________________________________

Je reviens

d’au-delà de la connaissance
il faut maintenant désapprendre
je vois bien qu’autrement
je ne pourrais plus vivre.

Et puis
mieux vaut ne pas y croire
à ces histoires
de revenants
plus jamais vous ne dormirez
si jamais vous les croyez
ces spectres revenants
ces revenants
qui reviennent
sans pouvoir même expliquer comment.


Charlotte Delbo

 

04 mai 2008

 

Stéphane Hessel déclarait, le 4 mai 2008, au micro de Gilles Perret, auteur du film « Walter, retour en résistance » :


« Puisque nous avons réussi à surmonter quelque chose qui paraissait très lourd      – le nazisme, le fascisme ça paraissait extraordinairement lourd 

– eh bien ça veut dire qu’on peut surmonter !

Et que s’il y a aujourd’hui des obstacles de même nature, et peut-être même plus lourds, il n’y a aucune raison pour qu’on n’arrive pas à les surmonter.

Il suffit qu’il y ait une minorité active solide ; des jeunes qui en veulent, qui considèrent que l’engagement ça signifie quelque chose, et qu’ils ont une responsabilité. 

Eh bien ils n’ont pas besoin d’être majoritaires, il suffit qu’ils soient le levain qui fait monter la pâte et à ce moment nous aurons une France résistante. »

01 juin 2007

Imagine.... John Lennon

 

Imagine there's no heaven,
Imagine qu'il n'y a aucun Paradis,
It's easy if you try,
C'est facile si tu essaies,
No hell below us,
Aucun enfer en-dessous de nous,
Above us only sky,
Au dessus de nous, seulement le ciel,
Imagine all the people,
Imagine tous les gens,
Living for today...
Vivant pour aujourd'hui...

Imagine there's no countries,
Imagine qu'il n'y a aucun pays,
It isn't hard to do,
Ce n'est pas dur à faire,
Nothing to kill or die for,
Aucune cause pour laquelle tuer ou mourir,
No religion too,
Aucune religion non plus,
Imagine all the people,
Imagine tous les gens,
Living life in peace...
Vivant leurs vies en paix...

You may say I'm a dreamer,
Tu peux dire que je suis un rêveur,
But I'm not the only one,
Mais je ne suis pas le seul,
I hope some day you'll join us,
J'espère qu'un jour tu nous rejoindras,
And the world will live as one.
Et que le monde vivra uni

Imagine no possessions,
Imagine aucune possession,
I wonder if you can,
Je me demande si tu peux,
No need for greed or hunger,
Aucun besoin d'avidité ou de faim,
A brotherhood of man,
Une fraternité humaine,
Imagine all the people,
Imagine tous les gens,
Sharing all the world...
Partageant tout le monde...

You may say I'm a dreamer,
Tu peux dire que je suis un rêveur,
But I'm not the only one,
Mais je ne suis pas le seul,
I hope some day you'll join us,
J'espère qu'un jour tu nous rejoindras,
And the world will live as one.
Et que le monde vivra uni

 

27 mai 2006

Le Chant des Partisans

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne
Ohé, partisans, ouvriers et paysans c'est l'alarme
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.
Montez de la mine, descendez des collines, camarades,
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades,
Ohé, les tueurs, à vos armes et vos couteaux, tirez vite,
Ohé, saboteurs, attention à ton fardeau, dynamite.
C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère
II y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves
Ici, nous, vois-tu, nous on marche, nous on tue ou on crève.
Ici, chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe
Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place,
Demain du sang noir séchera au grand soleil sur nos routes

Chantez, compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute.
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne
Ami, entends-tu le vol noir du corbeau sur la plaine