03 mars 2013

Hommage à Stéphane Hessel

 


Cher(e)s ami(e)s, 
Vous trouverez, plus bas, la déclaration de notre Association suite au décès de Stéphane Hessel.
Ce texte est pour nous tous un hommage à Stéphane Hessel, notre frère en humanité, mais aussi et surtout une volonté pour chacun(e) d'entre nous à reprendre le flambeau en nous indignant, en nous engageant et en Résistant à l'intolérance, à la bêtise humaine, à la xénophobie et aux nationalismes exacerbés, principaux fléaux de notre siècle. 
Posons-nous la question: Pourquoi et comment Résister Aujourd'hui ?
Bonne lecture à vous et à celles et à ceux à qui vous ferez connaître ce texte
Déclaration de "Résister Aujourd'hui" le 28 février 2013

C’est avec émotion et une profonde tristesse que nous apprenons le décès de Stéphane Hessel à l’âge de 95 ans.
Nous adressons nos fraternelles condoléances à son épouse, à sa famille et à ses proches.

L’ancien diplomate, écrivain et poète, Résistant et Déporté était et demeure toujours un exemple. Nous assistons à la disparition des derniers témoins de la Résistance et de la Déportation et cela renforce notre responsabilité envers les nouvelles générations.
Stéphane Hessel, comme Lucie et Raymond Aubrac et des centaines de vétérans de la Résistance, témoignait chaque fois qu’il lui était possible de le faire.

Qui portera demain la pédagogie de l'innommable?
Il faudra des professeurs courageux, des historiens déterminés, des associations comme la nôtre parce que les révisionnistes eux, viendront avec leurs propres thèses pour essayer de combattre les témoignages des résistants, des déportés et des historiens.

Nous n’avons pas vécu, pour la plupart d’entre nous cette période sombre mais chacun d'entre nous a le devoir de montrer aux jeunes générations les dangers qui nous menacent en Europe et en France comme savaient le faire Raymond Aubrac et Stéphane Hessel notamment chaque année au Plateau de Glières.
Après le succès phénoménal de son petit livre « Indignez-vous »
( 4,5 millions d’exemplaires sur 35 pays) il reconnaissait qu’il fallait aller plus loin que l’indignation, s’engager, résister. Et c’est ce qu’il fît

Mobilisé en 1939 il rejoint les Forces françaises libres à Londres en 1941. Arrêté par la Gestapo, il est déporté en 1944 à Buchenwald puis Dora.
À la Libération, comme diplomate au secrétariat général de l’ONU, il participe, au côté de René Cassin, à l’élaboration de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme.
Grand officier de la Légion d’honneur, Croix de guerre 1939-45, Rosette de la Résistance, il a publié de nombreux livres notamment « Citoyen sans frontières » (2008), « Le Chemin de l’espérance » avec Edgar Morin (2011), « Engagez-vous » (2011),
En 2012, je lui demandais s’il ne pouvait pas faire un nouveau pas dans l’écriture en écrivant par exemple « Résister Aujourd’hui » il m’a répondu avec un sourire malicieux « pourquoi pas ! c’est une bonne idée » mais il nous a quitté trop tôt, nous avons perdu un ami, une conscience.

Qu’avons-nous fait des idéaux du Conseil National de la Résistance et de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ?
Il en était le défenseur acharné.
En 2004 il déclarait: " Notre génération a eu pas mal de fil à retordre, mais elle a aussi eu une chance extraordinaire. Le défi qu'a représenté, pour nous, la lutte contre le fascisme, contre le nazisme, nous a donné la force de comprendre qu'il fallait commencer par construire autre chose. Les risques que nous avions courus étaient tels qu'il fallait en sortir avec un énorme courage. Or, je prétends que les risques que nous courons aujourd'hui sont du même ordre."

Nous avons une immense gratitude pour cet homme toujours debout, toujours résistant dont nous saluons la mémoire avec respect et fraternité car nous savons comme lui que l’indignation, ne meurt jamais, je rajouterais « ni la Résistance » pour le faire sourire.
En mémoire de sa foi en l’humanité, de sa clairvoyance, de sa force tranquille de conviction et de son optimisme juvénile :
Nous serons très nombreux les 18 et 19 mai au Plateau de Glières, montrant ainsi à nos aînés que nous reprenons le flambeau, celui des Résistants notamment  
de Raymond Aubrac et Stéphane Hessel qui ont été à l’origine de ce rassemblement initié par les « Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui ».

Nous mettrons, ensemble, tout en oeuvre,
pour que l'intelligence gagne du terrain sur l'intolérance,
pour que la fraternité entre les hommes et la solidarité entre les Peuples.
fassent reculer la haine et la barbarie,
pour que la responsabilité et la vigilance de chacun
garantissent la Liberté de tous ceux qui vivent et qui vivront sur notre planète.

Le Bureau national de « Résister Aujourd’hui » 



20 février 2013

Sauvegarder et rénover le wagon souvenir de Miramas

 



Nous venons de lire et signer la pétition en ligne.: «Sauvegarder et rénover le Wagon de Déportés » de Miramas

http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2013N34972

Nous sommes bien entendu d'accord sur cette démarche et croyons que vous l'êtes aussi afin de perpétuer la mémoire en la liant toujours à la réflexion notamment auprès des nouvelles générations.

Signez cette pétition en ligne après avoir cliqué sur le lien ci-dessus

Le wagon ferroviaire, de marchandises ou à bestiaux, est devenu aujourd’hui l’un des symboles les plus forts de la déportation.
En gare de Miramas (13) stationne un wagon du type de ceux qui ont servi à cette époque. En mauvais état, il se dégrade tous les jours un peu plus. Le 10 septembre 2012, un Mémorial a été inauguré sur le site des Milles. Il est aujourd’hui un haut lieu de la mémoire régionale et nationale. Nous souhaitons que le wagon de Miramas soit sauvé, restauré et transporté au Mémorial des Milles. Installé sur les lieux mêmes du départ pour la déportation, il contribuera à montrer jusqu’où peuvent mener l'intolérance, le racisme et l’antisémitisme, si présents encore aujourd’hui.
Signez comme nous, c'est important, la pétition après avoir cliqué sur le lien ci-après

http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2013N34972

et divulguez la à tous vos contacts
cordialement
le bureau national de "Résister Aujourd'hui"

04 février 2013

lettre ouverte aux ministres, sénateurs et députés

 

à

 Monsieur le Ministre de l’Education Nationale,

Monsieur le Ministre des Anciens Combattants,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Mesdames et Messieurs les Députés,

 Victor Hugo écrivait en 1875 : «…. Liberté, Egalité, Fraternité, rien à ajouter, rien à retrancher. Ce sont les trois marches du perron suprême : la liberté, c’est le droit, l’égalité, c’est le fait, la fraternité, c’est le devoir. Tout l’homme est là… »

Aujourd’hui, ces valeurs, ces principes qui étaient les idéaux fondamentaux de la Résistance et qui sont la base de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme sont  en danger en France et en Europe.

 En 1943, ces valeurs ont rassemblé, autour de Jean Moulin, gaullistes,  communistes,  socialistes, chrétiens-démocrates, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas.

En 1993, elles ont permis à des personnalités de tous horizons politiques ou confessionnels de parrainer l’association « Résister Aujourd’hui » et les buts qu’elle s’était assignés :

 Perpétuer la Mémoire de la Résistance et de la Déportation,

Etre vigilants et transmettre aux nouvelles générations.

 En 2013, elles doivent permettre aujourd’hui de nous rassembler, que nous soyons de droite, de gauche ou d’ailleurs, et de stigmatiser ensemble les mouvements d’extrême droite et cette nébuleuse identitaire à l’origine de tous les dangers notamment ceux du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie.

 En 2013, 70ème anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance, les héritiers de l’esprit et des valeurs de la Résistance que nous sommes vous demandons, aux côtés de toutes les associations d’anciens Résistants et de « Résister Aujourd’hui », que le 27 mai  soit instauré officiellement :

 « Journée nationale de la Résistance »

Chaque 27 mai ou le jour ouvrable le plus proche de cette date, serait évoqué, dans toutes les écoles, collèges et lycées ce que fut la Résistance, ses buts, son rôle, ses idéaux et serait mis en lumière les mécanismes, toujours semblables, qui peuvent conduire à l’émergence des forces les plus rétrogrades.

 Il est urgent de légiférer et nous comptons sur votre attachement aux valeurs républicaines et à votre esprit de responsabilité pour agir dans ce sens.

 Veuillez croire, Messieurs les ministres de l’Education Nationale et des Anciens Combattants, Mesdames et Messieurs les Sénateurs et Députés,  à l’expression de notre haute considération.

pour le bureau national de "Résister Aujourd'hui"

Michel Vial

 

 

 

02 janvier 2013

Voeux 2013

Au nom de l'Association ''Résister Aujourd'hui'' 


Je vous présente nos meilleurs voeux pour l'Année 2013.
D’abord, bonne et heureuse année, bonne santé à chacune et chacun d’entre
vous et à ceux que vous sont proches.
Que 2013. nous donne la force de vaincre la bêtise humaine et la cupidité
sources de tous nos malheurs passés, présents et à venir.
Le racisme, l’antisémitisme, l’intolérance sous toutes ses formes, la haine de
l’autre ne peuvent nous laisser passifs.
La bête immonde dont parlait Bertold Brecht est toujours à l’affût en France,
en Europe et de par le Monde, soyons clairvoyants et alertons ceux qui ne
voient pas le danger, la mémoire revisitée de nos aînés nous l’enseigne.
Nous nous engageons, en 2013, avec votre soutien et votre aide à solliciter
toutes les forces vives de la nation pour qu’elles redonnent vie aux valeurs qui
ont inspiré le programme du Conseil National de la Résistance et la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme, valeurs toujours aussi pertinentes en ce début du
XXIème siècle.
L’éducation, la culture doivent permettre à tous, dès le plus jeune âge, de devenir des
citoyens éclairés dignes de ceux qui ont su combattre pour notre Liberté.
Que tous vos proches qui approuvent nos écrits et nos actions adhèrent à notre
association, nous avons besoin d’être de plus en plus nombreux, de toutes
générations, hors de tout clivage politique ou confessionnel, pour perpétuer la
mémoire de la Résistance, pour que solidarité et fraternité ne soient plus découvertes
de sens.

Il est temps d'ouvrir les yeux.
Il est temps de nous mobiliser.
Il est temps de combattre la barbarie dans l’unité la plus large.
Il est temps de redevenir humaniste.
Il est temps de Résister!

Ce sera notre objectif en 2013, vous pouvez nous rejoindre (voir bulletin d'adhésion )
Cordialement vôtre
Pour « Résister Aujourd’hui »
Michel Vial

20 octobre 2012

Appel de Toulouse des Cercles de silence de France

 

 A l’heure actuelle en France des Cercles de silence se réunissent généralement chaque mois dans 176 villes de France, une dizaine de villes en Espagne, et quelques villes en Suisse. Ils ont aidé beaucoup de personnes à prendre conscience qu’au nom de notre commune humanité elles ne peuvent tolérer certaines actions faites à l’encontre des « sans-papiers » au nom de tous les citoyens. Dès le départ "Résister Aujourd'hui" s'est engagé dans cette démarche.

Appel du 20 Octobre 2012,

A nos concitoyens,

Aux gouvernants et aux élus des Etats Français et Européens,

Nous Citoyens Européens

Venus de différents pays et réunis le Samedi 20 Octobre 2012 à Toulouse pour marquer 5 années de Cercles de Silence, nous voulons par ce geste :

- crier ensemble notre refus de l’inacceptable,

- interpeller les pouvoirs et les opinions publiques de nos différents pays.

Est-il acceptable que dans des pays qui se réclament continuellement de la démocratie et des droits humains, des femmes, des hommes, parfois des enfants, dépourvus de titre de séjour, soient traités comme des délinquants et placés dans des Centres de Rétention Administrative qui ressemblent à des prisons ? Ils n’ont commis aucune atteinte aux personnes et aux biens. L’irrégularité de leur situation administrative ne doit pas constituer un motif de privation de liberté.

Est-il acceptable que cette marque infamante et injuste de l’enfermement soit ajoutée à leur précarité ?

Est-il acceptable que ces hommes et ces femmes deviennent des boucs émissaires de nos difficultés économiques et sociales ?

Est-il acceptable que des étrangers qui souvent font les travaux les plus pénibles mal rémunérés, depuis des années, qui paient leurs impôts et leurs cotisations sociales depuis des années, et dont les enfants sont totalement intégrés dans leurs quartiers et leurs écoles, ne soient pas régularisés ?

Est-il acceptable que des mesures de bannissement viennent déchirer des familles et des couples ?

Nous Citoyens Français,

Dans son discours de Tulle le Président de la République a insisté sur le respect de la dignité de toute personne. Nous demandons que cette volonté politique et cette attitude se manifestent à tous les niveaux de l’administration.

Les mesures brutales et expéditives prises à l’encontre des Roms ne sont pas l’expression du changement attendu. Les organisations actives dans l’accueil et l’accompagnement des migrants, ont fréquemment dénoncé des règlements et des comportements honteux pour la France et les pays européens.                                                                                                                                        Nous demandons la fermeture des camps de rétention et de toutes les formes d'enfermement des migrants.                                                                                         Les associations et les représentants de migrants demandent du Gouvernement des règlements, des décrets, des lois, et des alternatives qui respectent véritablement les personnes que sont les étrangers dépourvus de titre de séjour.

Nous invitons encore tous nos concitoyens à exprimer, par des actes, l’impératif de leur conscience. Il revient à chaque personne de le rappeler à ceux qui détiennent une responsabilité dans la société.

L’être Humain n'est pas un objet.

où qu'il soit, il reste toujours une personne,

« Un membre de la famille humaine »(1)

A l'opposé, tout auteur de violence détruit en lui-même sa propre dignité.

(1) cf Préambule de la déclaration universelle des droits de l’homme

 Appel finalisé par le Comité de pilotage du Cercle de silence de Toulouse, après l’échange du 20 octobre 2012

<cercledesilence.toulouse@laposte.net

10 septembre 2012

Intervention d’Alain Chouraqui, Président de la Fondation du Camp des Milles – Mémoire et Education

à l’inauguration du Site-Mémorial du Camp des Milles, le 10 septembre 2012

Pourquoi parler ici après les noms de ces Justes qui, en silence, ont aidé, aimé, sauvé… ?
Comment parler après ces noms d’enfants qui disent la souffrance, et la souffrance de leurs parents ?
Effroyable…
Mais aussi comment ne pas écouter l’appel de leurs voix étouffées, comment se taire en pensant aux enfants d’aujourd’hui et de demain, dont nous ne voulons pas qu’ils soient un jour victimes, ou bourreaux, ou complices.
L’été 1942 connut les premières grandes rafles de juifs du sud de la France. Pétain et Laval avaient promis aux nazis de leur livrer 10 000 juifs de la zone libre. Ignominie… Et leur avaient proposé de déporter aussi les enfants. Ignominie suprême…
Parmi ces enfants, il y avait ceux dont ns venons d’entendre les noms, ceux du dernier convoi formé ici même pour Auschwitz, il y a 70 ans précisément aujourd’hui.
Et aujourd’hui, vous êtes là, Monsieur le Premier Ministre, représentant la France que nous aimons, la France que ces victimes et ces Justes aimaient, celle de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité, de la Justice, de la Dignité, de la Laicité ; celle qui doit sans cesse lutter contre ce qui peut la défigurer, la trahir, la salir.
Je suis profondément heureux et reconnaissant de la forte présence aujourd’hui de l’Etat dans notre Mémorial, affirmée avec éclat par le Haut patronage accordé par le Président de la République à cette cérémonie et par votre présence, Monsieur le Premier ministre, accompagné de plusieurs ministres de la République, symbole fort.
Il y a 30 ans, nous avions espéré que l’Etat prendrait rapidement notre relais.                                        Il en fut autrement, et ce n’est que progressivement, comme d’autres, qu’il comprit l’ensemble des dimensions d’un projet d’intérêt général, s’engagea fermement aux côtés de la société civile, et prit toute sa place dans notre Fondation.

Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres, dont je salue la qualité et le nombre si significatif,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les hauts représentants des autorités civiles, militaires et religieuses,
Mesdames et messieurs les anciens internés de ce camp, leurs familles et les familles de Justes des Nations,
Mesdames et Messieurs les représentants des associations et institutions éducatives, universitaires, culturelles, humanitaires, du monde économique et social, de la presse, des communautés juives, arméniennes, tziganes et musulmanes
Chers élèves qui représentez l’avenir de la transmission,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Au-delà des convenances, ces salutations sont aussi une manière de dire notre rassemblement exceptionnel, toutes opinions, fonctions et origines confondues, au nom de valeurs communes.
Je mesure la responsabilité qui est la mienne aujourd’hui.
Parler pour les personnes suppliciées.
Parler au nom de la société civile, des présents et des disparus, qui ont mené un combat difficile depuis presque trente ans pour ce projet de Mémorial, avec la passion de l’avenir. Pour que l’homme puisse apprendre de ce passé et de ce lieu, puisse apprendre de l’engrenage de persécutions que connut ce camp contre les supposés ennemis et contre les soi-disant « indésirables », qui conduisit au génocide contre les juifs.
Quelques hommes et femmes furent très longtemps seuls dans ce combat, pour surmonter des obstacles nombreux, pour convaincre, jour après jour, pour travailler nuit après nuit, sans aucun moyen, sans aucun appui, bien au contraire.
Une puis deux générations nouvelles les ont rejoints, puis des institutions, qui leur ont permis de réaliser enfin ce qu’ils croyaient juste et nécessaire pour les générations futures.
Il y a une part d’injustice dans l’honneur qui m’est fait de parler seul au nom de tous. Je ne peux ici préciser le rôle de chacun comme j’ai tenu à le faire dans le livret où chacun prend la parole et qui vous a été distribué.

Je veux cependant souligner le rôle fondateur des anciens résistants et déportés, au premier rang desquels Denise Toros-Marter, Louis Monguilan et mon père Sidney Chouraqui. Je les salue avec respect pour le courage et les épreuves qui marquent leur histoire personnelle, mais aussi pour avoir été les premiers à soutenir le projet qui se dessinait, malgré son ambition a priori peu réaliste. A leurs côtés, quelques bénévoles contribuèrent hautement au projet : Serge Klarsfeld bien sûr, Jean-Louis Medvedovsky et les militants discrets et efficaces de l’Association du Wagon-souvenir, Jacques Henceval, Marc Woitrin ; puis Bernard Chevallier, Philippe Joutard, Max Polonovski, Mondher Abdennadher, Marie-Laure Sauty de Chalon, première « messagère du Mémorial », d’autres encore... Qu’ils en soient tous chaleureusement remerciés.
Je veux souligner également l’action décisive des collectivités locales, de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, du Groupe Lafarge, du CRIF, de la Fondation Ecureuil, et en particulier du Mémorial de la Shoah qui a assuré avec rigueur le commissariat des parties historiques de nos expositions. A leur tête, Michel Vauzelle, Jean-Noël Guerini, Maryse Joissains-Masini, Eugène Caselli, Richard Prasquier, David et Eric de Rothschild,
Bruno Lafont, Alain Lacroix, agissent à nos côtés avec une détermination et une sincérité peu communes que je tiens à saluer respectueusement. Ils ont été rejoints par Orange, la SNCF, AXA, Alteor d’autres encore que nous remercions très sincèrement.
Je n’oublie pas enfin l’ensemble des personnes qui ont apporté leur soutien, de façon souvent admirable : membres de notre Conseil scientifique international, enseignants, chercheurs, acteurs culturels, militants associatifs, journalistes, agents de l’Etat ou des collectivités, salariés d’associations ou de fondations, beaucoup nous ont aidés discrètement à construire ou faire connaître un projet rigoureux scientifiquement, techniquement et financièrement.
Sans vous tous, réunis par delà de fortes différences de sensibilité ou d’opinions, ne serait pas accompli aujourd’hui aux Milles le pas historique que constitue pour la France la reconnaissance apaisée d’un Vel d’Hiv du Sud, d’un Vel d’Hiv sans occupation allemande. La reconnaissance, que cette mémoire est au service de tous, et surtout que c’est bien en l’homme que peut se cacher le mal, quelle que soit sa nationalité ou ses origines.
Sans vous, sans votre soutien, sans votre confiance, ce projet n’aurait pas vu le jour dans la pluralité de ses grands objectifs, de mémoire et d’histoire d’une part, d’éducation, de formation et de recherche d’autre part, mais aussi de culture vivante, dans ses murs et hors les murs, y compris à l’international.
Notre objectif culturel s’appuiera sur l’exceptionnel patrimoine que constitue le Camp des Milles et sur la présence nombreuse d’artistes internés dans ces lieux. L’expression artistique peut permettre d’approcher par la sensibilité ce qui a parfois été appelé « l’indicible » de l’horreur génocidaire. En complément bien sûr du discours de raison.
Celui-ci, fruit d’un travail scientifique d’une dizaine d’années, fonde un volet d’éducation citoyenne qui propose au visiteur des clés de compréhension pluridisciplinaires sur les mécanismes individuels et collectifs qui ont conduit - et qui peuvent encore conduire - à l’horreur génocidaire
A l’unanimité les Nations Unies ont décidé de faire du 27 janvier une Journée annuelle reconnaissant que la Shoah est une histoire singulière qui éclaire d’un soleil noir les égarements possibles de l’homme moderne. 
Les résistants et les rescapés de la Shoah ont souvent essayé de mettre au service de tous leur expérience du pire, de faire émerger l’universalité des mécanismes humains qu’elle révèle. Ils n’ont pas toujours été compris.
Mais aujourd’hui les ambassadeurs sont nombreux à nos côtés, et les associations arméniennes, tziganes, musulmanes ou juives ont su partager avec nous cette idée fondamentale que la Shoah tend un miroir à toute l’humanité pour mieux se comprendre elle-même.
Dans cette perspective, nous essayons , pour la première fois sur un lieu de mémoire, de dépasser le Plus jamais ça !                                                                                                                                       et de nous appuyer, au-delà de l’histoire, sur les autres sciences de l’homme pour comprendre Comment faire pour que Plus jamais ça ?
Nous y travaillons avec modestie devant l’infinité des questions posées, mais avec détermination devant les exigences du présent qui, ne nous trompons pas, est aussi porteur de malheurs si l’on n’exerce pas une vigilance trempée dans l’expérience et surtout dans l’analyse de l’expérience.
Celle-ci nous dit comment l’on passe par étapes du stéréotype le plus commun au préjugé dangereux, de l’insulte dans la cour d’école aux pierres contre des bâtiments puis contre des hommes, de la peur à l’agressivité et à la violence, d’une croyance aveugle au rejet de l’Autre, des livres brûlés aux hommes gazés, de l’ordinaire de la Tuilerie des Milles à l’extraordinaire d’Auschwitz ; comment, avant même cet engrenage des insultes et des violences, tout commence, en chacun de nous, par l’exclusion mentale de l’Autre différent, qui peut ouvrir la voie à l’exclusion sociale puis institutionnelle voire physique.
On explique ici que ce processus criminel a besoin d’hommes ordinaires qui laissent faire ou deviennent complices, se laissant aller à des mécanismes humains récurrents comme la soumission aveugle à l’autorité, le conformisme de groupe, la passivité, la recherche de boucs émissaires…

Mais on montre aussi que tous les génocides font émerger des hommes et des femmes qui résistent, qui sauvent, ou qui, comme aux Milles, restent debout face à la volonté de les déshumaniser pour plus facilement les assassiner.
Un « Mur des actes justes » présente ainsi, à la fin du parcours d’exposition, la grande diversité des actes de sauvetage et de résistance constatés pendant le génocide arménien, la Shoah, l’assassinat des tziganes, le génocide rwandais.
Croyez-moi, quel réconfort que de travailler sur ces cas si nombreux de fraternité et de courage face au mal !
Comment ne pas vouloir prolonger leur message d’espoir en l’homme qui agit ?
Car nous ne voulons pas que le jeune visiteur sorte de ce lieu écrasé par la tragédie mais avant tout conscient que, éclairé par l’expérience du pire, chacun peut réagir à temps, chacun peut résister, chacun à sa manière, comme personne et comme citoyen.
Face à d’indécentes concurrences des mémoires, la démarche proposée ici ne peut-elle aider aussi à construire une solide convergence des mémoires, fondée sur ce qu’il y a de commun dans leur expérience des comportements humains, des pires aux plus admirables ?
C’est aujourd’hui la France -ses institutions et sa société civile- qui se rassemble autour d’une telle mémoire.
D’une mémoire qui peut ancrer fortement nos valeurs humanistes sur un socle vécu de souffrance et de courage, au camp des Milles en particulier.
Un lieu-témoin prend ici le relais des témoins et montre jusqu’où peut mener le non respect de ces valeurs, dans un monde où l’antisémitisme et le racisme creusent de nouveaux chemins qui menacent gravement le vivre ensemble.
Un lieu de mémoire est un ancrage fort des représentations collectives. Ce lieu apporte ainsi sa contribution éthique à une perte de repères consécutive aux crises et surtout aux déstabilisations idéologiques et pratiques provoquées par la puissance technologique qui progresse plus vite que la capacité humaine à l’encadrer, comme par l’émergence bouleversante d’un village planétaire dont les habitants se découvrent dans des échanges
fructueux, mais aussi dans de terribles crispations identitaires et sur un terreau d’injustices sociales et souvent d’inculture.
En ce 10 septembre 2012, nous tournons donc une longue page de l’histoire de notre projet citoyen. Nous en ouvrons une autre, qui s’annonce a priori moins difficile mais riche d’actions passionnantes. La jeune et belle équipe de notre Fondation ressent l’honneur de partager un héritage mémoriel qui nous grandit tous. Avec la maîtrise d’oeuvre, les entreprises et leurs ouvriers, elle a su assumer efficacement la lourde charge d’un chantier complexe et sensible. J’ai confiance en elle pour porter avec coeur les valeurs du Mémorial et pour travailler avec nos partenaires au développement dans la durée de ce lieu nécessaire.
Une cause qui nous dépasse ne permet-elle pas de se dépasser ?
Jan Kraus, tu avais un an, certains voulaient effacer à jamais ton nom, il vivra ;
Walter Hasenclever tu as mis fin à tes jours, pas à ton destin ;
Karl Bodek, tes peintures murales continueront d’envoyer leurs messages colorés de fraternité,
Alice et Henri Manen, Auguste et Marie-Jeanne Boyer, Justes des Nations, vous resterez des exemples malgré votre modestie ;
Abraham BANK, Daniel DAVISSE, Manfred KATZ, Paula KOIRAN, Monica LIPMAN WULF, Sem SZMULEWICZ, Herbert TRAUBE, vos souffrances et votre courage au camp des Milles sont reconnus aujourd’hui,
Enfants d’aujourd’hui, nous vous offrons un trait d’union entre le passé et l’avenir, un outil pédagogique innovant qui vous aidera à apprendre du passé pour être vigilant et pour vivre en paix avec les autres et avec soi-même.
Notre France, tu es en ce jour fidèle à ton plus beau visage, celui des droits humains !

10 juin 2012

Projets d’activités 2013

 

 

- Soutien du Concours National de la Résistance et de la Déportation

 Mars- Participation à la semaine nationale contre le racisme conférences dans les lycées et collèges à la demande des Professeurs d’histoire

 Pétition et interventions auprès de tous les députés et sénateurs pour qu’ils se positionnent contre les poussées d’extrême droite et pour la défense des valeurs du programme du Conseil national de la Résistance, pour qu’ils se prononcent pour que le 27 mai soit Journée nationale de la Résistance.

Ce jour sera évoqué, dans toutes les écoles, ce que fut la Résistance, ses buts, son rôle, ses idéaux. Et mis particulièrement en lumière les mécanismes, toujours semblables, qui peuvent conduire à nouveau à l’émergence des forces les plus rétrogrades.

 - Participations à la vie du Front Antifasciste Européen (Siège à Bruxelles), du musée virtuel de la Résistance à Marseille et du Front International de la Résistance (siège à Berlin)

 - 18 et 19 mai- Participation chaque année au rassemblement « paroles de résistance » au plateau de Glières  Haute-Savoie

 27 et 28 mai Participation chaque année aux commémorations au mémorial Jean Moulin à Salon de Provence (13)

 Juin organisation avec la mairie de Lambesc et le comité du monument de St Anne d’une importante manifestation sur la période 1939/45 à Lambesc – présentation du Livret historique sur le camp d’internement de Lambesc

 - Communiqué rappelant les appels du 17 juin 1940 Charles Tillon, Edmond Michelet, Germaine Tillion et Daniel Cordier et du 18 juin Général de Gaulle

 - Inauguration de différents événements sur la Résistance et la Déportation à la demande des municipalités

 - Poursuite de la réflexion avec le « réseau citoyens résistants » sur un projet de société du 21ème siècle à partir du programme du Conseil National de la Résistance.

 - Dénonciation de toutes les émergences de l’extrême droite en Europe.

 - Edition régulière de notre Bulletin d’informations

 - Tenue de notre blog et création éventuelle d’un nouveau site

 Juillet- participation au festival des Musiques Interdites à Marseille.

 Octobre- organisation de la manifestation « Croque-Fruits » à l’Alcazar et dans d’autres lieux à déterminer.

 Novembre – Manifestation au Théâtre Toursky sur le peintre –Résistant Jean Amblard avec Exposition et conférence débat