02 février 2010

Projet de "Forum Social Mondial" permanent en Provence

 POURQUOI ?

 Nous sommes entrés dans une période de crise multiforme (financière, économique, politique, idéologique, alimentaire, écologique), mondiale (aucun pays n'est à l'abri, ni ne peut résoudre seul le problème) et majeure (elle engage la vie, voire la survie d'une grande partie de l'humanité).

Face à cette crise de civilisation, les forces de la Politique, tout en étant incontournables, sont  souvent prisonnières du cycle court de la prise de pouvoir et de son maintien. Les forces commerçantes et financières sont avant tout obnubilées par le maximum de bénéfices à un terme le plus court possible. Or, une crise a un cycle long ; elle nécessite que l'on regarde loin devant, que l'on pense à tout le monde, que l'on anticipe, que l'on soit courageux et non calculateur, que l'on fasse preuve de générosité, et non de cupidité ; que l'on vénère la transparence et non le mensonge, que l'on fasse confiance au gens, au peuple, au lieu de sombrer dans le narcissisme.

Face à cette crise majeure, toutes les forces sont nécessaires, tant politique qu'économiques. La société civile à travers son monde associatif, nous semble la mieux placée pour pousser à une responsabilisation des dirigeants économiques et politiques. Mais pour cela, elle doit devenir elle aussi une force responsable, c'est-à-dire unie, ce qui ne veut pas dire univoque, consciente de la situation et de sa capacité à construire un avenir alternatif, et non-violente pour ne pas reproduire le système actuel.

D'autre part, le changement climatique prend une tournure telle que, d'après les scientifiques du GIEC, c'est l'avenir de l'ensemble de l'humanité qui va se jouer dans les 10 ou 15 années à venir. Pour éviter le colapsus, il nous fait changer radicalement de modèle de vie en société, de modèle économique, politique, de mode de vie... Cette crise de civilisation peut devenir une chance, une occasion de donner une autre visage à cette terre, de faire un pas décisif dans la réalisation des Droits humains fondamentaux, car ils sont « la voie royale » d'une solution durable à cette crise majeure. Nous sommes mis au défi de nous penser et nous organiser d'abord en tant qu'être humain, habitant d'une seule et même planète. Ce qui était hier une utopie est aujourd'hui le réalisme.

Mis face au défi et à la responsabilité de changer notre monde, radicalement et rapidement :

    Nous sommes conscients qu'aucune personne, aucune organisation, aucun parti, aucun pays, ne pourront à eux seuls le faire ; ce n'est que tous ensemble que nous y parviendrons.

    Nous sommes décidés à prendre notre part dans ce vaste processus qui se dessine depuis une dizaine d'années, à travers notamment le mouvement altermondialiste.

    Nous nous reconnaissons dans la dynamique et le fonctionnement des « Forum Sociaux Mondiaux » à laquelle nous choisissons de nous rattacher en adoptant sa « charte de principes ».

    Nous gardons le terme générique de « Forum Sociaux Mondiaux » pour signifier qu'en agissant localement -en Provence-, nous prenons aussi en compte le bien-être et l'avenir de l'ensemble de l'humanité, présente et à venir ; nous nous pensons comme citoyen du monde, citoyen cosmopolite.

 La proposition pratique repose sur deux idées principales : Une rencontre trimestrielle pour concentrer nos forces sur quelques « actions-leviers », et une rencontre annuelle pour rassembler au maximum, débattre, « utopier » et avancer.

COMMENT ?

 Proposition n°1 : Une rencontre trimestrielle « actions-leviers »

 Motif :

Depuis des décennies, mais surtout avec la professionnalisation du travail associatif à partir de la fin des années 80, la plupart des associations ont adopté le Taylorisme, c'est-à-dire la division du travail militant. Cela a permis sans aucun doute plus d'efficacité et de compétence, mais l'envers en a été l'atomisation, la parcellisation de nos engagements, au moment même où le système néo-libéral très agressif se globalisait et se mondialisait. Le résultat global est la faiblesse du mouvement associatif, trop limité au travail spécialisé et partiel de lobbying. Le mouvement alter-mondialiste a fort heureusement réagi voilà 10 ans, avec beaucoup de succès. Il nous faut poursuivre sur cette voie.

Pratiquement aujourd'hui, les militant-e-s sont de plus en plus débordés par des mobilisations et actions qui se multiplient, se dramatisent et s'élargissent. C'est le signe à la fois que la situation empire, et en même temps que de plus en plus de gens réagissent. Face à deux ou trois réunions ou événements en même temps, nous nous trouvons souvent obligés de choisir, mais en fonction de quels critères ? L'urgence et l'importance ne suffisent plus, car presque toutes sont urgentes et importantes. Un autre critère devrait donc prévaloir aujourd'hui : la notion de levier ou de démultiplication. Nous désignons par là des actions qui auront la capacité de mobiliser d'autres personnes et groupes, et d'entrainer d'autres actions, pour se traduire à terme par des changements qui appeleront d'autres changements. L'idée de base est

Comment choisir une « action-levier » ? Nous en proposons cinq : Elle est urgente – Elle est pensée et menée avec les personnes concernées – Elle a une incidence locale, mais aussi plus large – Elle va permettre de toucher puis mobiliser des personnes nouvelles – Elle offre des possibilités de communication large.

 Principes :

    Le FSM Provence fonctionne en accord avec les principes de la « Charte des FSM ».

    La participation au FSM Provence est ouverte à toutes les personnes en tant que telles ; elle est réservée aux associations, à l'exclusion des partis politiques comme tels (Cf : article 9 Charte FSM)).

    Chaque participant-e, individu et organisation, s'engage à respecter la « Charte des principes des FSM ».

    L'animation du FSM Provence est collégiale, démocratique et ouverte.

    Lieu de débat et de proposition, le FSM Provence n'est pas destiné à prendre de décisions engageant le collectif.

    Chaque organisation partenaire conservera sa spécificité, mais en ayant conscience de la porter au nom du FSM.

 Pratiquement :

Une rencontre aura lieu une fois par trimestre -trois par an de fait-. Préparées à l'avance, elle se déroulera de la façon suivante :

    Analyses politiques : Des analyses politiques au sens large, locales et globales de la situation présente seront exposées et débattues afin de permettre à chacun-e de clarifier la sienne. Elles seront nécessairement plurielles et impliqueront donc plusieurs personnes.

    « Actions-leviers » : Chaque organisation qui le souhaite exposera et proposera et argumentera une action sur la base d'une analyse politique et en référence aux critères « action-levier » retenus par notre FSM. Un débat suivra pour faire émerger des préférences et orientations.

Aucune décision engageant l'ensemble de l'assemblée ne sera donc prise à l'issue de cette rencontre, chaque organisation en tirera librement les conséquences qu'elle juge nécessaires et réalisables.

 

Proposition n°2 : Un FSM en Provence une fois par an

 Motif :

Un grand rassemblement, général et large des forces vives associatives et militantes dans la région. Cela a déjà été réalisé avec succès à Aix-en-Provence, voilà 4 ans, lors du FSM décentralisé. La proposition est d'en organiser une fois par an, à date fixe.

 Intérêts :

    Mieux nous connaître et élargir nos cercles souvent limités pour mieux agir ensemble le long de l'année ;

    Mieux comprendre la situation locale et globale par l'information, l'analyse et l'échange ;

      pour entrer dans une démarche plus globale, peut-être plus politique ;

    Sortir du « taylorisme militant » d'échanger et analyser la situation  Nous sommes en effet tous modelés dans un certain taylorisme de la militance, chacun sur son créneau par soucis d'efficacité. Or face à un système qui se veut lui-même global, la spécialisation tout seul ne change strictement rien. Il ne s'agit pas de tout faire, mais de redevenir un peu plus généralistes, de couvrir ensemble la globalité, ce qui sous-entend de notre part l'effort de nous intéresser et soutenir ce qui se pense et se fait dans d'autres domaines que le « nôtre ».

    Rendre le mouvement « altermondialiste » et alternatif plus visible. Bien médiatisé, un tel forum pourrait également nous permettre de « recruter » de nouveaux militant-e-s et de délivrer un message plus largement dans le « grand public ».

 A l'initiative de : Jean-Pierre Cavalié, Philippe Chouard, Gérard Gieu, Claudie et Benoit Hubert, Laure Magrone,  Jean Rémy.

 

Contact : Jean-Pierre Cavalié - 06 25 91 36 51 - jean-pierre.cavalie@lacimade.org


 —   Une rencontre élargie pour en débattre et lancer la démarche aura lieu :

                                            Samedi 20 février 2010 de 16h à 20h

au centre social de la Grande Bastide

à Val St André – Aix-en-Provence

"Résister Aujourd'hui" est partie prenante de ce projet


01 janvier 2010

Voeux 2010

 


Résister hier, aujourd'hui et demain...un droit et un devoir                                                                                                   
Bonne année à vous toutes, à vous tous et à vos proches
Qu'en 2010, nous ayons la force et la volonté de nous unir comme l'on fait nos aîné.es pour éradiquer les injustices, l'ignorance, les intolérances, le racisme et celles et ceux qui en sont la cause.

Pour ce faire, rejoignez-nous, adhérez à "Résister Aujourd'hui"

adhésion individuelle 20 euros par an +10 euros pour le conjoint,
5 euros pour les étudiants, rmistes et chômeurs.

adresser toute adhésion à notre siège :

"Résister Aujourd'hui"
lou Ligourès
Place Romée de Villeneuve
13090 Aix en Provence

15 décembre 2009

Une analyse de ''Résister Aujourd'hui'' pour le Forum Social Mondial (permanent en Provence)

Tous les problèmes de la planète, que ce soit le changement climatique, la répartition des richesses, les Droits Humains Fondamentaux dépendent de la dictature des marchés financiers.

Les entreprises n’ont pas besoin de la bourse pour fonctionner.

La seule vraie valeur est le travail et les échanges entre producteurs et consommateurs.

Société en pleine déliquescence sociale.

Services publics affaiblis par la logique comptable.

Les entreprises ne sont plus là pour faire travailler leurs employés et produire ce que la société a besoin mais pour enrichir les actionnaires, les banques et les traders

Les paysans eux sont remplacés par les molécules toxiques…

Le système est en cause pas les hommes.

 Exiger avec détermination de nos gouvernants qu’ils infléchissent fortement l’évolution de la société.

Résister Aujourd'hui dans le cadre d'un Projet pour le 21ème siècle s'y attellera, nous serons ainsi fidèles à la mémoire de nos aînés, à l'esprit du programme du Conseil National de la Résistance et la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

27 novembre 2009

lettre au Pdt du Conseil Général de Haute Savoie

 

Le 27 novembre 2009

    à          M. Christian Monteil, 

Président du Conseil Général de Haute Savoie 

Hôtel du Département 

BP 2444 

74041 Annecy                                              


Monsieur le Président,

 Nous recevons une lettre de M. et Mme Blanc ( copie ci-jointe ) nous informant de leur étonnement  et de leur désaccord lors de la visite guidée du Plateau de Glières le 20 septembre dernier.

Des miliciens auraient aidé les Résistants, d’après deux jeunes femmes chargées de l’encadrement du site.

Nous sommes choqués comme nos concitoyens par cette version de l’histoire.

Notre association a été créée en 1994 pour perpétuer la mémoire de la Résistance et de tous ceux qui ont résisté contre « Vichy » et la barbarie nazie.

Nous défendons les intérêts moraux  et l’honneur des Résistants et nous opposons résolument à cette tentative de type négationniste visant à dénaturer les actions, l’esprit et les valeurs de la Résistance.

 Pourriez-vous, Monsieur le Président, nous éclairer sur cette situation et  si nécessaire, faire prendre des dispositions pour que cela ne puisse plus se reproduire.

 Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l’expression de notre haute considération.

 Pour le bureau National de ''Résister Aujourd'hui''

 Le Président                                            Michel Vial

25 novembre 2009

Conférence de presse au Théâtre Toursky à Marseille

 

Intervention de Michel Vial au nom de « Résister Aujourd’hui »  

Nous sommes aujourd’hui plusieurs associations* auprès de Richard Martin, défendant toutes les droits de l’homme et le droit à la culture pour tous, la Cimade, la LDH, le MRAP, le Collectif 13 des Droits des Femmes et Résister Aujourd’hui.

Il me souvient que le père dominicain Jean Cardonnel, ardent défenseur des Droits de l’homme, membre de notre comité de parrainage avait l’habitude lorsque nous passions des heures à refaire le Monde à m’appeler « son frère en humanité » car nous partagions l’essentiel, lui le catholique progressiste et moi l’agnostique.
Et aujourd’hui, tout naturellement je te considère, Richard comme « mon frère en humanité » car nous menons les mêmes luttes pour la dignité de l’homme.
« Résister Aujourd’hui » que je représente t’a soutenu et te soutient toujours dans ton combat pour réclamer la restitution des subventions que l’Etat t’a graduellement et totalement supprimées.


Héritiers des valeurs de la Résistance nous voulons perpétuer la mémoire du Conseil National de la Résistance et de son programme rédigé en 1944.

Nous appelons aujourd’hui, solennellement, aux côtés de Richard Martin, tous les citoyens à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.
Des Résistants, des femmes, des hommes se sont battus parfois jusqu’au sacrifice suprême, d’autres ont connu les camps de la mort pour défendre ses idéaux.

Le droit à la culture est un droit élémentaire, nul n’a le droit de le mettre en cause.
Ce droit est un service public comme la santé, le savoir et la recherche.
Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération? Les politiques, les intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature des marchés financiers qui menace la démocratie et l’émancipation de l’homme.
Nous devons faire fi de tous les mensonges et affirmer que le Toursky, comme les autres structures, a besoin de ses subventions.
Nous ne croyons pas aux miracles, mais à la volonté politique
En mars 2004, d’anciens Résistants parmi lesquels Lucie et Raymond Aubrac, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Lise London et Germain Tillion appelaient à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée.
Le théâtre Toursky doit être le ferment, si nécessaire, de cette insurrection pacifique car il est une plaque tournante des échanges culturels méditerranéens européens et mondiaux et qu’il représente un relais incontournable d’une culture pour tous dans le droit fil de l’aventure initié par Jean Vilar et Roger Planchon.

Sois assuré, Richard, que notre association restera mobilisée jusqu’à la restitution de tes subventions.

Marseille le 25 novembre 2009

13 octobre 2009

lettre au Président de la République - Théâtre Toursky à Marseille

 


Courrier adressé par Michel Vial à Nicolas Sarkozy au sujet du Théâtre Toursky

Monsieur le Président de la République,

Nous nous adressons à vous pour vous alerter de la grève de la faim, entamée le 3 octobre 2009, par Richard Martin, directeur du Théâtre Toursky à Marseille qui réclame, en vain, que lui soit restitué les subventions de l’Etat qui lui ont été graduellement et totalement supprimées au cours des années.

Richard Martin a créé, il y a 38 ans, un théâtre dans un quartier populaire de Marseille, ce qui représentait un pari fou et des risques énormes. Le théâtre Toursky est devenu un théâtre mythique, une plaque tournante des échanges culturels méditerranéens et européens.
Il est reconnu par sa programmation favorisant les échanges avec 24 pays, ses combats pour rendre la culture accessible à tous, sa lutte contre l’exclusion, l’intolérance et le racisme, son ouverture sociale et son travail de création.
Le Théâtre Toursky représente un relais incontournable d’une culture pour tous situé dans le droit fil de l’aventure initiée par Jean Vilar et Roger Planchon.

Nous connaissons vos engagements personnels multiples sur la culture.
Vous avez déclaré, le 4 avril 2007 :

« Je veux que la culture soit faite pour le Peuple. Je stimulerais la création et je rendrais la culture accessible au plus grand nombre parce que c’est une source de liberté , d’épanouissement et de paix sociale. »
Vous vous êtes assigné cinq priorités pour votre politique culturelle, entre autres
« ….de faire entrer la culture et l’art dans les quartiers, ce que Jean Vilar voulait faire avec le TNP ………….je voudrais que nous le fassions dans les banlieux…………Je souhaite que cette démarche soit soutenue et encouragée par l’Etat……… »

et vous insistiez :
« ….le principe du soutien public au théâtre vivant est intangible à mes yeux. »
Devant le Congrès, le 22 juin 2009 vous vous référiez au Conseil National de la Résistance.
Héritiers des valeurs de la Résistance, nous nous référons aussi au C.N.R. et à son programme dans lequel des Résistants de toutes opinions rêvaient d’un droit à la culture pour tous qu’ils adoptèrent dans leur programme le 15 mars 1944 et qu’ils appliquèrent dès le premier gouvernement de la 4ème République.

Il semble que le ministère de la culture et particulièrement sa direction régionale PACA n’applique pas votre politique culturelle, celle que le C.N.R. préconisait, en supprimant toutes les subventions au théâtre Toursky, cette structure qui répond à la dimension internationale du projet de Marseille capitale européenne de la culture en 2013.

Une délégation du comité de soutien à Richard Martin se rendra ce jeudi 15 octobre à 14h30 au ministère de la culture. Nous vous demandons de bien vouloir intervenir d’urgence pour une réponse positive afin d’éviter un drame et pour que la culture reste vivante notamment dans les quartiers défavorisées.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de notre haute considération.
Pour ''résister Aujourd'hui   le Pdt  Michel Vial

28 avril 2009

Dieulefit, village de « Justes »

 

Aux pires périodes de la seconde guerre mondiale, un millier de réfugiés seront passés par Dieulefit. Anne Vallaeys nous raconte une histoire : celle des habitants qui firent de leur village un havre de paix

On a quelque scrupule à parler de Dieulefit. Ce bourg du Sud-Dauphiné, situé dans les montagnes de la « Drôme provençale », ne demande qu’à rester caché du monde. [...]

Caché, s’y cacher, y être caché. Dans son joli récit, Anne Vallaeys [raconte l’histoire] des habitants de Dieulefit qui, durant la Seconde Guerre mondiale, firent de leur village un havre de paix, un refuge pour les proscrits, une halte bénéfique au flanc d’une histoire faite de violences et d’exils. Dans ces collines rudes, qui se prennent carrément pour des montagnes – sans égaler en sensations fortes le Vercors situé plus au nord –, des Français de tous métiers, des artisans, des commerçants, des industriels, des médecins, des hommes et des femmes, des protestants (surtout) mais aussi des catholiques, et des sans-religion ont tissé durant les années noires un filet de protection pour les apatrides, les juifs, les communistes, les pourchassés, les enfants orphelins.

Parmi ces héros d’une résistance sans bruit, parce que toute naturelle, se détachent des personnalités fortes, étranges, comme celles des « demoiselles Marguerite Soubeyran et Catherine Kraft », fondatrices de l’école de Beauvallon, à l’écart du bourg. À l’origine, une école-pensionnat pour les gamins difficiles, les « cas lourds », les indisciplinés. Des pionnières de ces « écoles nouvelles » semées dans l’avant-guerre aux marges de l’école officielle et qui, après 1968 (et Ivan Illich), connaîtraient un regain de vigueur. Des écoles de la liberté et de la responsabilité.

Quand s’imposa l’évidence que plus difficile que la situation des « gamins difficiles » serait celle des gamins pourchassés par les nazis et leurs séides français, les « demoiselles » (regards entendus, mais sans plus, sur ces demoiselles « bonnes amies » vivant étrangement…) entreprirent d’accueillir ceux qui n’étaient plus seulement des exclus de l’école, mais des exclus de la société.

Elles ne furent pas les seules, dans Dieulefit, à accueillir, cacher, employer et protéger les repliés de la drôle de guerre avant d’héberger et de cacher les pourchassés des autres phases de la guerre : la vie suspendue de la zone dite « libre » puis, carrément, l’Occupation. Ainsi vit-on, peu à peu, monter de la vallée des dizaines, voire des centaines, de personnes. Parmi elles, Louis Aragon et Elsa Triolet, le philosophe Emmanuel Mounier, très tôt revenu des premières séductions de la « révolution nationale », le poète Pierre Emmanuel, mais aussi des peintres, des musiciens (la pianiste Yvonne Lefébure), cohabitant dans les rues de Dieulefit (et parfois ses soupentes) avec des juifs autrichiens, des communistes allemands, des républicains espagnols.

À la mairie, où Vichy avait placé un maire-colonel dont on ne sait s’il fit preuve d’aveuglement ou de passivité délibérée, une jeune employée de vingt ans, Jeanne Barnier, confectionne des centaines de fausses cartes, fabrique des tampons officiels. Jusqu’au jour où la gendarmerie se rend compte des supercheries. Le gendarme qui l’interroge lui dit : « Vous mentez très mal. » Mais, loin de l’accabler, il se met à lui donner des conseils sur la meilleure manière de mentir aux gendarmes. Il périra, peu avant la Libération, sous les balles allemandes.

« Miracle du silence », dit à l’enquêtrice un témoin de l’époque. C’est que, dans ce village divisé entre protestants et catholiques à parts à peu près égales, il se sera établi comme une conspiration du silence, une conjuration du bien. Un millier de réfugiés seront passés par Dieulefit aux pires périodes de l’histoire de France. Et tous s’y seront sentis protégés par une certaine idée de l’humanité. Des « parpaillots » pour qui la résistance était une vieille habitude du temps des « dragonnades », des catholiques ralliés à la bienveillance générale, des républicains associés : tout le monde s’y est mis pour faire de ce village un espace de « Justes » parmi les nations.

Bruno Frappat